LES POGROMS ANTI-ARMÉNIENS

DE CHOUCHI, SOUMGAIT, BAKOU ET MARAGHA

 

CHOUCHI
SOUMGAIT
BAKOU
OPÉRATION "CERCLE"
MARAGHA


CHOUCHI


La ville de Chouchi se trouve sur un haut plateau au centre du Haut-Karabagh, à dix kilomètres de la capitale de la RHK, Stépanakert. En raison de sa situation géographique, ce plateau a toujours eu une importance stratégique.

Dans l’histoire Chouchi est évoqué pour la première fois comme centre administratif du Haut-Karabagh au XVIIIe siècle. Elle est décrite comme avant-poste stratégique. La ville conservera ce statut jusqu’au début du XIXe siècle, à l'époque où la Transcaucasie était gouvernée par l'Empire russe et que le Haut-Karabagh faisait partie de la gouberniya (province) d'Elizavetpol.

Chouchi se développa et devint au XIXe siècle l'un des centres intellectuels du Caucase. Les penseurs politiques et l'élite culturelle des Arméniens du Caucase y furent formés.

Le premier heurt sérieux entre Arméniens et Tatares du Caucase (nom désignant les descendants des tribus nomades avant 1918) à Chouchi se produisit en 1905-1906. En dépit du fait que les Turco-Tatares n'atteignirent par leur objectif, environ 400 maisons d'habitation, des théâtres et d'autres bâtiments furent incendiés.

Après la chute de l'Empire russe en 1918, les Arméniens du Karabagh endurèrent l'une des périodes les plus difficiles de leur histoire. L'Azerbaïdjan émit des prétentions infondées sur le Karabagh et le Zanguézour, territoires de l'Arménie historique. Ces actions azerbaïdjanaises furent soutenues par les circonstances tragiques de la Première guerre mondiale et par les autorités turques. En 1915 l'Empire ottoman perpétra en Arménie occidentale un génocide qui fit un million et demi de victimes arméniennes. La jeune république d'Arménie était déjà si exsangue qu'elle ne pouvait défendre la population arménienne et affirmer ses droits sur le Karabagh et le Zanguézour.

Cependant, la population du Haut-Karabagh et du Zanguézour refusa de reconnaître le pouvoir de la république d'Azerbaïdjan nouvellement constituée. L'Azerbaïdjan, qui n'avait aucun droit légitime de contrôler cette région, essaya, avec l'aide des troupes turques, d’imposer son pouvoir politique à la population du Haut-Karabagh. Le 15 septembre 1918, des troupes turques entrèrent à Bakou et 30 000 arméniens perdirent la vie dans les massacres qui s'ensuivirent.

Le 23 mars 1920 fut la journée la plus tragique : les troupes turco-azerbaïdjanaises pillèrent et incendièrent Chouchi, cinquième ville du Caucase. En l'espace de trois jours, la population de la ville diminua de 65 %. Les groupes armés de Turcs musavatistes éliminèrent 25 000 Arméniens à Chouchi. 7 000 maisons à étage bien équipées et de magnifiques bâtiments culturels et administratifs furent mis à sac et réduits en cendres. La partie arménienne de la ville fut incendiée et ne fut pas reconstruite avant le début des années 1960.

Sergo Ordjonikidzé, membre du Bureau caucasien du comité central du Parti communiste, qui visita la région dévastée de Chouchi en mai 1920, écrivit dans ses Mémoires : « Aujourd'hui encore, je me souviens avec horreur du spectacle que nous vîmes en mai 1920 à Chouchi. La plus belle ville arménienne avait été détruite, nivelée et était en ruines. Dans les puits nous aperçûmes les corps inanimés de petits enfants et de femmes… »




SOUMGAÏT


Les événements tragiques qui eurent lieu dans la ville azerbaïdjanaise de Soumgaït furent précédés d'une vague de manifestations anti-arméniennes et de rassemblements à travers tout l'Azerbaïdjan en février 1988. Les pogroms, et massacres des Arméniens de Soumgaït eurent lieu en plein jour.

Les crimes commis par les autorités azerbaïdjanaises atteignirent leur paroxysme entre les 27 et 29 février 1988. La quasi-totalité de la ville se transforma en arène des massacres impunis de la population arménienne. Des pogroms firent irruption dans les appartements des Arméniens avec à la main la liste des habitant arméniens qu'ils avaient établi préalablement. Ils étaient armés de barres de fer et de pierres. Des haches, des couteaux, des bouteilles et des bidons de combustible furent également employés. Selon de nombreux témoins, environ 50 à 80 personnes participaient à la mise à sac d'un seul appartement. Des foules similaires répandaient la terreur dans les rues. Des centaines de personnes innocentes furent blessées à divers degrés et devinrent invalides. Plus de 200 appartements furent saccagés, de nombreuses voitures furent détruites et brûlées, des dizaines d'ateliers, de magasins et de kiosques mis à sac. Les pogroms se soldèrent par des milliers de réfugiés.

Il n'y a pas d'autre terme pour qualifier les pogroms anti-arméniens de Soumgaït que celui de génocide organisé. Les événements tragiques qui eurent lieu à Soumgaït à la fin du mois de février 1988 n'ont jamais bénéficié d'une évaluation politique et ses organisateurs et principaux exécutants n'ont pas seulement échappé au châtiment, mais leurs noms demeurent inconnus du monde. Toutefois, les documents, témoignages et autres faits dont on dispose permettent de tirer une conclusion claire : les pogroms ont été imaginés et mis en œuvre à un haut niveau de direction et ses principaux organisateurs et exécutants étaient les dirigeants de l'Azerbaïdjan soviétique de l'époque et étaient liés à divers cercles nationalistes pro-turcs. Cette idée fut émise dans le magazine moscovite Znamya (n 6, 1989) par George Soros, personnalité très renseignée, qui était d'accord sur le fait que les premiers pogroms anti-arméniens en Azerbaïdjan avaient été inspirés par la mafia locale dirigée par l'ex président d'Azerbaïdjan, Heydar Aliev.

Un témoin azerbaïdjanais, S. Gouliev, rapporte la réaction des autorités : « Près des fenêtres d'un commissariat un homme se faisait passer à tabac. La police a livré la ville à la destruction. La police n'était pas en ville. Je ne l'ai pas vue. »

« La police savait tout » affirme le témoin D. Zarbaliev, fils du responsable des forces de l’ordre locales. Selon le témoignage d'Arsen Arakelian, il aurait téléphoné à la police plusieurs fois (les téléphones des Arméniens avaient été coupés) pour supplier d'épargner sa mère, Assia Arakelian…Elle fut brûlée et ne survécut que par miracle ; les vauriens s'en allèrent en la laissant pour morte.
Extrait du rapport du Centre des Droits de l'Homme de Moscou « Mémorial » : « Du 27 au 29 février 1988 ont eu lieu à Soumgaït, ville qui se trouve sur le territoire de l'Azerbaïdjan, près de Bakou, des pogroms anti-arméniens accompagnés de violence massive, de pillages et de massacres se traduisant par un flux de réfugiés en provenance de Soumgaït vers Stépanakert et l'Arménie. Aucune enquête sur les circonstances des pogroms pour les punir les coupables n’a été menée, ce qui s'est traduit par une escalade du conflit. »

A. Sakharov, qui avait été choqué par les événements de Soumgaït, écrivit : « Aucune demi-mesure, aucun discours sur l'amitié entre les peuples ne peut calmer la population arménienne. Si quelqu'un en doutait encore avant Soumgaït, après cette tragédie plus personne n'a le droit moral d'insister sur le maintien du Haut-Karabagh sous juridiction territoriale de l'Azerbaïdjan. »


 



BAKOU


L’impunité du génocide de Soumgaït (février 1988) et la connivence de la communauté internationale avec ses émetteurs azerbaïdjanais permirent aux organisateurs et aux participants actifs des pogroms d'échapper au châtiment et rendit possible la poursuite des bacchanales sanguinaires. Les exactions envers les Arméniens s'intensifièrent et en vinrent à englober tout le territoire de la RSS d'Azerbaïdjan, atteignant son paroxysme en janvier 1990 à Bakou, lorsque des centaines d'Arméniens furent victimes de la haine pathologique des nationalistes azerbaïdjanais.

En novembre et décembre 1988, des pogroms anti-arméniens furent organisés à travers l'Azerbaïdjan. Les plus importants eurent lieu à Bakou, Kirovabad, Chemakh, Chamkhor, Minguetchaour et en RSSA du Nakhitchevan. Au cours de l'hiver 1988, la population de dizaines de villages arméniens dans plusieurs régions de la RSS d'Azerbaïdjan fut déportée. La population de plus de 40 villages arméniens du Haut-Karabagh (ces localités n'avait pas été incluses dans le Haut-Karabagh à l'époque de sa formation en tant qu'entité autonome) y compris les 42 000 Arméniens de Kirovabad, subirent le même sort. Après ces événements, seule une petite partie de la population arménienne demeura en Azerbaïdjan, principalement à Bakou. En 1990 il ne restait plus que 50 000 Arméniens sur les 215 000 qui vivaient à Bakou en 1988. Les 12 et 13 janvier 1990, les pogroms anti-arméniens de Bakou furent organisés. Le 13 janvier après 17 heures, une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes se rassembla sur la place Lénine. Ils se répartirent en plusieurs groupes et entamèrent une « purification » méthodique des Arméniens, maison par maison. Soit ils tuaient les gens, soit ils les emmenaient au port ou à l'aéroport et les forçaient à partir. « Le 15 janvier, les pogroms et les attaques se poursuivirent à Bakou. D'après les premières informations, les pogroms des trois premiers jours on fait 33 morts. Toutefois, ce nombre ne doit pas être considéré comme définitif étant donné que les habitations de Bakou n'ont pas toutes été vérifiées… » (Izvestia, 16 janvier 1990).

Il existe de nombreux cas documentés de brutalités et de meurtres commis avec une extrême cruauté. On recense par exemple des cas de démembrements, d’éventration de femmes enceintes et des personnes brûlées vives. Pendant les pogroms anti-arméniens de Bakou, une foule en furie a dépecé un homme et jeté ses restes dans un cendrier (Soyouz, 19 mai 1990). « Ils l'ont coupé en morceaux, a raconté une femme azérie en parlant de son mari arménien ; il criait « Tue-moi ! » ; j'étais attachée et je ne pouvais que crier « Tuez-le ! » Je leur ai demandé de tuer mon mari pour lui épargner cette mort atroce. »

Lors d'une conférence de presse à Moscou peu après les pogroms, E. Mamedov, l'un des dirigeants du Front populaire d'Azerbaïdjan, dit : « J'ai moi-même été témoin du meurtre de deux Arméniens près de la gare. La foule les a arrosés d'essence et les a brûlés, et cela se passait à environ 200 mètres de la section régionale de la police. Il y avait environ 400 à 500 soldats des forces de l'Intérieur, mais personne n'a essayé de circonscrire la zone de massacres et de disperser la foule. »

A ce jour le nombre de victimes reste encore inconnu ; selon différentes sources 150 à 300 personnes furent tuées. Les pogroms se poursuivirent jusqu'au 20 janvier, date à laquelle les troupes de l'Union soviétique entrèrent dans la ville.

 



DÉPORTATION FORC
ÉE DE 24 VILLAGES ARMÉNIENS DU HAUT-KARABAGH, CONNUE SOUS LE NOM D'« OPÉRATION CERCLE »


A partir du début de l'année 1991, la direction de l'Azerbaïdjan a lancé une nouvelle attaque psychologique contre les Arméniens de la Région autonome du Haut-Karabagh et du district de Chahoumian. Des tracts exigeant que la population arménienne quitte le territoire le plus tôt possible furent répandus à travers la région.

Le 14 janvier, le Présidium du Soviet suprême d'Azerbaïdjan adopta une décision relative à l'unification au sein d’une région de deux districts voisins, la région de Chahoumian peuplée d'Arméniens et la région de Kassoum-Ismaïlovsky, peuplée d'Azéris. L'objectif des dirigeants azéris était évident : liquider encore une région peuplée d'Arméniens, déporter sa population et peupler les villages arméniens d'Azéris. A l'époque, 20 000 personnes vivaient dans le district de Chahoumian, dont 82 % d'Arméniens (selon des sources officieuses).

Le 22 janvier à l'aéroport de Stépanakert, les OMON (unités spéciales de la milice) du ministère de l'Intérieur d'Azerbaïdjan retint brutalement un groupe de Députés du parlement russe qui étaient arrivés en mission d’étudier la situation dans la région.

La situation du Haut-Karabagh et des régions voisines devint tendue. Parmi les opérations punitives menées contre la population arménienne, l'opération « Cercle » vaut la peine d'être mentionnée. Elle fut menée à bien conjointement par les forces OMON du ministère de l'Intérieur d'Azerbaïdjan et les forces intérieures de l'URSS entre la fin du mois d'avril et le début du mois de juin 1991. Sous le faux prétexte d'un « régime de vérification des passeports » une terreur sans précédent se répand visant à faire pression sur le Mouvement de libération nationale du Karabagh. Des assassinats, des actes de violences, des actes de vandalisme indescriptibles et de gens de tous les ages, y compris des enfants, étaient monnaie courante.

Les premières victimes furent les habitants des villages de Guétachène et de Martounachène dans la région azerbaïdjanaise de Khanlar. 24 villages arméniens subirent une déportation en l'espace de trois semaines : deux dans la région azerbaïdjanaise de Khanlar, trois dans le district de Chahoumian, quinze dans la région de Hadrout et quatre dans la région de Chouchi du Haut-Karabagh. Au cours de ces actions menées au Karabagh, plus de 100 personnes furent tuées et plusieurs centaines d'otages furent pris.


EXTRAIT DU RAPPORT DU CENTRE DES DROITS DE L'HOMME DE L'ASSOCIATION « MEMORIAL » :
« Au mois de mai et au début du mois de juin 1991, les forces du ministère de l'Intérieur d'Azerbaïdjan ont, avec la participation des forces intérieures du ministère de l'Intérieur de l'URSS et l'armée soviétique, déporté les habitants de 24 villages arméniens, soit un total de plus de 5 000 personnes. »

30 avril au 08 mai 1991 : expulsion par la force des habitants des villages de Tchaïkend (Guétachène), et Martounachène (Karaboulagh) dans la région azerbaïdjanaise de Khanlar…
13 au 16 mai 1991 : expulsion par la force des habitants des villages d'Aghboulagh (Djraberd), Arpagyadouk (Karing), Arakioul, Banazour, Binyatlou (Karmrakar), Djilan (Sarelantch), Dolanlar (Arevchat), Karagloukh, Mioulkioudara, Petrosachéne, Spitakachène, Tzamdzor, Tzor, Khandzadzor (Aghdjakend) dans la région de Hadrout du Haut-Karabagh…

18 mai 1991 : expulsion par la force des habitants des villages de Metz Chène (Berdadzor), Yekhtzahogh et Kirov dans la région de Chouchi du Haut-Karabagh etc.

« Il existe un grand nombre de preuves d'assassinats et de violences, des témoignages de victimes… »

La déportation forcée des habitants des villages du Haut-Karabagh peuvent être confirmées par les témoignages des représentants du ministère de l'Intérieur de l'URSS et le Commandement régional relatifs à l'état d'urgence de l'OAHK déclaré pendant les séances du comité des 18 mai et 18 juin 1991. Les informations fournies par le vice-ministre de l'Intérieur d'Azerbaïdjan, N. Talibov, lors d'une conférence de presse le 11 juillet 1991 et les celles fournies par le Soviet suprême de la République d'Arménie à la Commission des Droits de l'Homme de la RSFSR du Soviet suprême le confirment également.

Le 24 avril, le président du Soviet suprême d'Arménie envoya une lettre aux dirigeants de l'URSS en leur demandant de prendre des mesures urgentes pour protéger la population arménienne et fournir des garanties pour sa sécurité. Le 4 mai, une rencontre eut lieu entre les présidents arménien et russe, Lévon Ter-Petrossian et Boris Eltsine, mais aucune mesure ne fut prise pour protéger la population du Haut-Karabagh et assurer sa sécurité. Les forces du ministère de l'Intérieur de l'URSS et les OMON azerbaïdjanais poursuivirent leur opération punitive, confirmant ainsi que le conflit était en train de se transformer en guerre à grande échelle.

Le 6 mai, 700 réfugiés arméniens furent transférés de Guétachène à Stépanakert par hélicoptères militaires. Le rassemblement de protestation prévu pour le 7 mai à Stépanakert par des organisations publiques fut interdit par le Commandement militaire. A la veille du rassemblement, des véhicules de transport de troupes blindés équipés de haut-parleurs parcoururent la ville en menaçant les gens de recourir aux armes en cas de désobéissance.

Face à la situation critique qui était en train de couver, le Comité exécutif du Conseil des députés de la région déclara l'état d'urgence dans la région. La communauté internationale en fut informée et le Comité exécutif s'adressa à l'ONU pour demander l'asile politique de la population arménienne de l'OAHK.

Le 19 juin 1991, la séance extraordinaire du Comité exécutif du Conseil régional du Haut-Karabagh élabora des mesures de stabilisation de la situation politique et économique dans la région. La décision fut prise d'élaborer un programme pour la survie de l'Artsakh et pour préparer la résistance armée à l'agression de l'Azerbaïdjan.

 



MARAGHA


Dans l'enchaînement des événements tragiques liés au conflit du Haut-Karabagh, les atrocités de Maragha occupent une place à part, tant en raison du niveau de brutalité et du nombre de personnes massacrées que du fait des conséquences qu'ont eu ces événements.

En 1962, plusieurs centaines d'Arméniens s'étaient installés dans le village de Maragha, dans la région de Martakert du Karabagh.

Par la suite, les villages de Maragha et Margouchevan furent réunis pour former le village plus important de Leninavan qui comptait, au 1er janvier 1989, 4 110 habitants.

Le 10 avril 1992, le village de Maragha fut occupé et détruit par l'armée de l'Azerbaïdjan. Plus de 100 habitants furent tués, tandis que leurs cadavres étaient profanés et défigurés. 45 habitants du village, dont 9 enfants et 29 femmes, furent pris en otage, Deux semaines plus tard, le village fut à nouveau attaqué et sa population déportée. Les maisons furent pillées et brûlées.
Une liste d'otages du village établie au 1er mai 1992 comprenait 53 personnes. Parmi les personnes exécutées il y avait 30 femmes et 20 personnes âgées. Des enregistrements vidéo tournés pendant l'exhumation des corps montre qu'ils portent tous des traces de tortures. Un homme fut torturé même après être mort.

Les massacres de Maragha furent commis par une formation armée spéciale de l'armée azerbaïdjanaise. Ce n'est pas un hasard si nombre des otages se trouvaient dans les maisons du ministère de l'Intérieur, des OMON et d'autres personnalités puissantes. Il existe une foule de preuves et de faits relatés par des témoins oculaires, otages échangés ou libéré sous rançon.

Il est évident que des violations massives des droits de l'Homme ont eu lieu dans le village de Maragha. Les conséquences de ce massacre se font encore sentir aujourd'hui.
« Maragha : le nom de ce village est associé à un massacre qui n'atteignit jamais la une des journaux du monde en dépit du fait qu'au moins 45 Arméniens y moururent d'une mort atroce. Au cours de la mission du CSI au Haut-Karabagh en avril dernier, des nouvelles nous parvinrent selon lesquelles un village du Nord, dans la région de Martakert avait été attaqué par des Turcs Azéris le 10 avril et que plusieurs civils avaient été tués. Un groupe partit recueillir des preuves et trouva un village peuplé de survivants en état de choc, leurs maisons calcinées encore fumantes, des restes de cadavres traînant encore par terre aux endroits où les gens avaient eu la tête sciée et le corps brûlé sous les yeux de leur famille. 45 personnes avaient été massacrées et 100 autres étaient portées disparues, subissant probablement un sort pire que la mort. Afin de vérifier leur histoire, la délégation demanda aux villageois s'ils pouvaient exhumer les cadavres qu'ils avaient déjà enterrés. Ils le firent avec une grande douleur, permettant ainsi la prise de photographies des corps décapités et torturés. Plus tard, lorsqu'on leur parla de rendre publique cette tragédie, ils répondirent qu'ils étaient réticents, car « nous- Arméniens ne sommes pas très doués pour montrer notre chagrin au monde. »

Nous pensons qu'il est important de rapporter ces événements et la façon dont ils ont, ou n'ont pas été interprétés et décrits par les gens eux-mêmes et par les médias internationaux. L'opinion publique internationale est inévitablement forgée par la couverture médiatique. Les médias internationaux n'ont pas du tout couvert la tragédie de Maragha. Par conséquent, aux yeux du monde les forces armées des Arméniens du Haut-Karabagh ont été présentées comme plus brutales que celles des Turcs azéris ; en réalité, les preuves laissent à penser que l'inverse est plus vraisemblable. » (Caroline Cox et John Eibner : Ethnic Cleansing in Progress, War in Nagorno Karabagh, Institute for Religious Minorities in the Islamic World, Zurich, Londres, Washington 1993).