LE PROCESSUS DE PAIX

 

 

LES NÉGOCIATIONS EN VUE D'UN RÈGLEMENT PACIFIQUE DU CONFLIT
LES NÉGOCIATIONS BILATERALES ENTRE LE HAUT-KARABAGH ET L'AZERBAÏDJAN
LES PRINCIPALES ETAPES DU PROCESSUS DE PAIX

 

 


LES NÉGOCIATIONS EN VUE D'UN RÈGLEMENT PACIFIQUE DU CONFLIT DU KARABAGH


Le conflit politique et militaire qui oppose le Haut-Karabagh (HK) et l'Azerbaïdjan remonte à 1918. Il a repris en 1988 dans le contexte de l'effondrement de l'URSS et de l’émergence subséquente de nouveaux États indépendants au Caucase du Sud pour se transformer progressivement en confrontation armée. Outre l’intervention de puissances régionales telles que l'Iran et la Russie, la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE) est également intervenue dans le règlement du conflit du Haut-Karabagh en tant que médiateur.

En septembre 1991, Boris Eltsine, président de la Russie, et Noursoultan Nazarbaev, président du Kazakhstan‚ se proposent comme médiateurs. Après leur visite à Stepanakert, des négociations ont lieu le 23 septembre 1991 à Jeleznovodsk (Russie) entre le Haut-Karabagh, l'Azerbaïdjan et l'Arménie. À l’issue de cette rencontre, un communiqué commun rendant compte des conclusions de la réunion est adopté.

Entre février et mai 1992, une équipe de médiateurs iraniens circule dans la région. Dans le cadre de ces efforts de médiation, le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Velayati, et son vice-ministre, Mahmoud Vaezi, visitent la région. Le 8 mai 1992 à Téhéran, les plus hauts dirigeants de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan ainsi que des représentants de la Russie et de l'Iran signent un communiqué commun, mais l'escalade des opérations militaires dans la région et l'absence de représentants du Haut-Karabagh lors de la rencontre ne permettent pas la mise en œuvre de l'accord ainsi conclu.

Les premiers contacts de la CSCE avec les parties au conflit ont lieu au mois de mars 1992. Durant la première Réunion supplémentaire du Conseil de la CSCE, le 24 mars 1992 à Helsinki (Finlande), la décision est prise de convoquer à Minsk (Biélorussie) une conférence sur le Haut-Karabagh sous les auspices de la CSCE qui « constituerait un cadre permanent pour des négociations en vue d'un règlement pacifique de la crise. » En plus de l'Arménie, de l'Azerbaïdjan, de l'Allemagne, des États-Unis d’Amérique, de la Biélorussie, de la France, de l'Italie, de la Russie, de la Suède, de la République fédérative tchèque et slovaque et de la Turquie, le Conseil décide d'inviter à la conférence les représentants élus, c'est-à-dire les autorités légitimes du Haut-Karabagh, en tant que parties intéressées. Il est important de noter que la décision d'inviter des représentants du Haut-Karabagh fut prise à une époque où la RHK était assiégée et où sa population se trouvait au bord d'une catastrophe humanitaire. Le premier président de la conférence de Minsk, l'italien Mario Raffaelli, admit d’ailleurs que l'objet même des négociations était menacé d'annihilation (lettre au président en exercice de la CSCE en date du 23 septembre 1992).

Résumé des conclusions de la première Réunion supplémentaire du Conseil

L’absence de précision du statut du Haut-Karabagh dans le cadre du processus de négociation laissa place à une double interprétation de ses droits et devoirs. Aujourd'hui encore, cette situation fait obstacle à l'efficacité des efforts de paix.

La position du Conseil de la CSCE dénaturait le fond du problème, alors que les autorités du Haut-Karabagh exigeaient que les choses fussent explicites. C'est pour cette raison que la délégation du Haut-Karabagh s’abstint de participer aux premières réunions du groupe de Minsk consacrées à la préparation de la convocation à la conférence de Minsk. Les représentants de la RHK participèrent à la troisième réunion de Rome avec un seul objectif à leur ordre du jour : définir le statut de leur participation. Par la suite, le groupe de Minsk travailla de façon régulière jusqu'à ce que son « Calendrier modifié de mesures urgentes » reçoive enfin l'assentiment des parties au conflit le 28 septembre 1993.

Suite à la décision relative à la création du groupe de Minsk, le Conseil de sécurité de l'ONU décida le 26 mars 1992 de s'abstenir de participer à tout effort de pacification au Haut-Karabagh, exprimant ainsi son soutien aux efforts déployés par la CSCE.

Durant toute la période des efforts de médiation, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté plusieurs résolutions pour appuyer la CSCE, à savoir :

Résolution 822 du 30 avril 1993
Résolution 853 du 29 juillet 1993
Résolution 874 du 14 octobre 1993
Résolution 884 du 12 novembre 1993

Les résolutions de l'ONU qualifient les forces qui ont pris le contrôle de certaines régions d'Azerbaïdjan comme « des forces arméniennes locales », réfutant ainsi les déclarations des responsables de Bakou sur la participation des forces armées de la République d'Arménie à ces opérations. De plus, les documents du Conseil de sécurité de l'ONU précités demandent l'adoption de mesures globales et un règlement simultané de tous les problèmes existants : retrait des forces armées, rétablissement des liaisons économiques, de transport et d’énergie dans la région, retour des personnes déplacées, négociations dans le cadre du groupe de Minsk de l'OSCE et contacts directs entre les parties en vue de parvenir à un règlement définitif du conflit.
De mars à décembre 1994, le processus de paix se déroula sous l'égide de la Russie, prenant la forme de consultations entre experts d'Azerbaïdjan, du Haut-Karabagh et d'Arménie. Cette situation aggrava les relations de la Russie avec la CSCE. Un consensus fut atteint en décembre 1994 lors du Sommet de Budapest de la CSCE, où il fut décidé d'unifier les efforts de médiation de la Russie et de la CSCE.
Les participants au Sommet décidèrent d'instituer une coprésidence de la conférence de Minsk et du groupe de Minsk où la Russie aurait le statut de coprésident permanent. En 1995 le processus de Minsk fut coprésidé par la Suède, et en 1996 par la Finlande. La coprésidence tripartite actuelle (Russie, États-Unis, France) fut instituée au début de l'année 1997.

Document final du Sommet de Budapest « Vers un authentique partenariat dans une ère nouvelle »


Les consultations menées avec la médiation du groupe de Minsk reprirent au mois de janvier 1995, mais furent sabotées par la déclaration du président en exercice de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) relative aux principes de règlement du conflit. Cette déclaration avait été faite sous la pression du chantage de la délégation azerbaïdjanaise qui menaçait d'opposer son veto au document final du Sommet de Lisbonne de l'OSCE en décembre 1996.

Document final du Sommet de Lisbonne


Après le Sommet de Lisbonne, les parties ne se sont réunies qu'une seule fois pour des consultations, en avril 1997. Depuis lors, le processus de paix ne se maintient plus que grâce la « diplomatie des navettes » des coprésidents du groupe de Minsk de l'OSCE, qui voyagent entre les capitales Bakou, Stépanakert et Erevan dans le but de coordonner les bases d'une reprise des négociations.


 

 



LES NÉGOCIATIONS BILATERALES ENTRE LE HAUT-KARABAGH ET L'AZERBAÏDJAN


15 SEPTEMBRE 1992 – Moscou : contacts entre les représentants de l'Azerbaïdjan et du Haut-Karabagh.

28 JUILLET 1993
– Ligne de front de la région de Martakert : rencontre entre les délégations gouvernementales du Haut-Karabagh et de l'Azerbaïdjan, dirigées respectivement par le président du Comité de défense de la RHK, S. Sargsian et le ministre d'État d'Azerbaïdjan, I. Aliev. Hormis les militaires, des représentants des ministères des Affaires étrangères et de l'Intérieur des deux parties étaient également présents dans les délégations.

12 ET 13 SEPTEMBRE 1993
– Moscou : négociations entre le vice-président du Conseil suprême (Parlement) de l'Azerbaïdjan, A. Djalilov et le ministre des Affaires étrangères de la RHK, A. Ghoukassian. Un communiqué commun est adopté.

25 SEPTEMBRE 1993
– Ligne de front de la région d'Aghdam : rencontre entre les vice-premiers ministres de la RHK et de l'Azerbaïdjan, MM. J. Poghossian et A. Abassov.

25 SEPTEMBRE 1993
– Moscou : rencontre entre les dirigeants de l'Azerbaïdjan et de la RHK.

ÉTE-AUTOMNE 1993
– Contacts téléphoniques réguliers entre dirigeants militaires et politiques de Bakou et Stépanakert.*


*Il convient de noter que c'est toujours à la direction de l'Azerbaïdjan que revint l'initiative des contacts bilatéraux ; toutefois, en décembre 1993 la partie azerbaïdjanaise a cessé toute relation avec les dirigeants du Haut-Karabagh et a lancé une offensive de masse sur le Karabagh tout le long de la ligne de front.




 

 

 


LES PRINCIPALES
ÉTAPES DU PROCESSUS DE PAIX


MOSCOU (RUSSIE), SEPTEMBRE 1993 : le groupe de Minsk de la CSCE soumet aux parties son « Calendrier modifié de mesures urgentes pour l'application de la résolution 822 du Conseil de sécurité » dans lequel le Haut-Karabagh apparaît pour la première fois comme partie au conflit.

Le 14 octobre 1993, le Conseil de sécurité de l'ONU, dans sa résolution 874, recommande aux parties le « Calendrier modifié de mesures urgentes », réaffirmant ainsi la reconnaissance du Haut-Karabagh en tant que partie au conflit.

BICHKEK (KIRGHIZSTAN), 4-5 MAI 1994 : au cours d'une rencontre entre les présidents des parlements d'Azerbaïdjan, d'Arménie et du Haut-Karabagh, les parties signent le Protocole de Bichkek qui jette les bases d'un futur accord de cessez-le-feu.
L'accord de cessez-le-feu, dont des versions identiques ont été signées par les ministres de la Défense d'Arménie et d'Azerbaïdjan et par le commandant de l'Armée de défense de la RHK, entre en vigueur le 12 mai 1994.

BUDAPEST (HONGRIE), DÉCEMBRE 1994 : Sommet de Budapest de l'OSCE. Décision d'unifier les efforts de médiation de la Russie et de l'OSCE ; institution de la coprésidence de la conférence de Minsk et du groupe de Minsk. Les États participants saluent la confirmation de l'accord de cessez-le-feu conclu le 12 mai 1994 par les parties au conflit (Azerbaïdjan, Haut-Karabagh et Arménie) et se disent prêts à envoyer une force multinationale de maintien de la paix de l'OSCE dès que les parties se seront mises d'accord pour cesser les hostilités. Accord sur la création d'un groupe de planification de haut niveau.

LISBONNE (PORTUGAL), DÉCEMBRE 1996 : lors du Sommet de Lisbonne de l'OSCE, le président en exercice de l'Organisation fait une déclaration concernant les principes de règlement du conflit du Karabagh qui, s'ils avaient été adoptés, auraient en réalité prédéterminé l'issue des négociations. La déclaration du président en exercice de l'OSCE sabota le processus de négociations entre les parties au conflit. Les consultations au sujet des bases de négociation entre les coprésidents du groupe de Minsk de l'OSCE et les autorités de l'Azerbaïdjan, du Haut-Karabagh et de l'Arménie se poursuivirent.

MAI 1997 : la coprésidence de la conférence de Minsk de l'OSCE propose une nouvelle base pour la reprise des négociations. Le plan est accepté par l'Arménie et l'Azerbaïdjan, mais rejeté par le Haut-Karabagh.

SEPTEMBRE 1997 : la coprésidence du groupe de Minsk de l'OSCE propose un plan de règlement du conflit, étape par étape, qui est accepté par l'Arménie et l'Azerbaïdjan, mais rejeté par le Haut-Karabagh. Les autorités du Haut-Karabagh insistaient sur un plan de règlement global du conflit. L'acceptation du plan de règlement étape par étape provoqua une crise politique interne en Arménie qui se solda par la démission du président Levon Ter-Petrossian. C'est son Premier ministre Robert Kotcharian qui remporta les élections présidentielles anticipées.

NOVEMBRE 1998 : la coprésidence du groupe de Minsk de l'OSCE présente une nouvelle base de négociation prévoyant un règlement global du conflit par la reprise des négociations sans conditions préalables. Le Haut-Karabagh et l'Arménie acceptent les propositions des coprésidents, tandis que l'Azerbaïdjan les rejette.