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DES TEMPS ANCIENS A L'année 1990 |
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Le Haut-Karabakh (de son nom historique « Artsakh ») occupe les régions
montagneuses de l'est et du sud-est du Caucase mineur, qui forme la partie
nord-est des montagnes d'Arménie. Il s'étend des montagnes qui entourent le lac
Sevan à l'est jusqu'au fleuve Yerachk (Araxe).
Selon les époques historiques, le Haut-Karabakh a été désigné sous différentes
appellations : Outik, Orkhistène, Artsakh, Tsavdek, Khatchen et Karabakh.
Les premières traces de présence ancienne dans la région datent de la période du
Paléolithique (il y a 500-100 000 ans). Des outils anciens et des matériaux
trouvés dans les grottes de Vorvan-Azokh, Tsakhatch, Ounot et Khoradzor datent
de cette époque. La mâchoire d'un homme de Neandertal découverte à Vorvan-Azokh
revêt une signification particulière pour l'établissement du processus
d’anthropogénie.
L'exhumation de points d'habitation et de sépultures des âges de bronze et de
fer (Stépanakert, Khodjalou, Krkjan, Amaras, vallées de Khatchenaguet et
Ichkhanaguet) témoigne du fait que ce territoire faisait partie de la région où
la culture Kouro-Araxienne apparut et se développa aux quatrième et troisième
millénaires avant notre ère.
D'importants tertres funéraires (Stépanakert, vallée de Khatchenaguet) datant du
troisième millénaire avant notre ère ont une valeur inestimable pour les études
indo-européennes de la région du Caucase. D'après de nombreux chercheurs ces
tumulus représentent la première parcelle de preuve de l'activité ancienne des
Indo-européens.
Au début du premier millénaire avant notre ère, l'Artsakh se trouvait dans la
sphère d'influence politique et culturelle de l'Assyrie et de l'Ourartou. Une
inscription cunéiforme du roi d'Ourartou, Sardour II découverte près du village
de Tsovk prouve que ses troupes atteignirent le pays des Outiks (Artskakh).
L'État d'Ourartou – auquel il est fait référence sous le nom de royaume d'Ararat
dans la Bible – et ses tribus ont une importance particulière dans l'histoire du
peuple arménien. Après la chute du royaume d'Ourartou au début du sixième
millénaire avant notre ère, des groupes ethniques arméniens commencèrent à jouer
un rôle actif dans la région. La formation du premier royaume arménien date de
cette époque. Dès sa fondation, le royaume d'Arménie fut contraint de résister
au pouvoir des Mèdes. Entre 550 et 331 av. J.C., ce royaume, qui englobait
l'Artsakh, tomba sous la coupe de la Perse achéménide.
Les frontières de l'État arménien formé par la dynastie des Artaxiades au début
du IIe siècle avant notre ère suivaient la Koura. Selon plusieurs auteurs anciens
grecs, romains et arméniens ces frontières constituaient également la limite
nord-est de l'élément ethnique arménien. Les Arrans dirigeaient l'Artsakh; qui
faisait partie du royaume d'Arménie. D'après une légende relative aux origines
des Arméniens, Arran, le patriarche de cette lignée, descendait de Haïk,
l'ancêtre des Arméniens.
Au milieu du Ier siècle avant notre ère, l'Arménie devint l'État le plus
puissant de l’Asie. Le roi arménien Tigrane le Grand attachait une grande
importance à l'Artsakh et construisit en Artsakh la ville de Tigranankert, l'une
des quatre villes qui portait son nom.
Des ruines de cette ville sont encore visibles dans les environs de l'actuelle
ville d'Agdam. Des tumulus, des sculptures de pierre et des sites sacrés gravés
dans la roche subsistent encore aujourd'hui.
Entre 66 et 428, l'Artsakh fit partie du royaume arménien des Artaxiades. Après
sa chute et la division de l'Arménie entre la Perse et Byzance, l'Artsakh fut
annexée au royaume albanien [du Caucase] situé au nord de la Koura. En 469 le
royaume fut transformé en marzpanat perse et conserva le nom d'Albanie [du
Caucase] (Arran en perse).
Au début du IVe siècle ap. J.C.; le christianisme se répandit en Artsakh. La
création de l'alphabet arménien au début du Ve siècle eut pour conséquence un
accroissement sans précédent de la culture tant en Arménie qu'en Artsakh où
Mesrop Machtots fonda la première école arménienne dans le monastère d'Amaras.
Au Ve siècle, la partie orientale de l'Arménie, Artsakh compris, demeura sous
domination perse. En 451; les Arméniens menèrent une révolte violente connue
sous le nom de guerre des Vartanants, en réponse à la politique perse de
conversion des Arméniens au zoroastrisme. L'Artsakh participa à la guerre, au
cours de laquelle sa cavalerie se distingua. Après que la révolte eut été matée,
une partie importante des forces arméniennes se réfugièrent dans les forteresses
inatteignables et les épaisses forêts d'Artsakh pour poursuivre leur combat
contre le joug perse. A la fin du même siècle, l'Artsakh et sa voisine l'Outik
s'unirent sous le règne du roi Vatchagan le Dévot Pieux (487-510). Sous son
règne, l'Artsakh connut un développement considérable dans les domaines de la
culture et de la science. Comme en témoigne un auteur de cette époque, il se
construisait autant d'églises et de monastères qu'il y a de jours dans une
année.
A la fin du VIe et au début du VIIe siècles le marzpanat éclata en plusieurs
petites principautés qui ne furent alors plus désignées par l'appellation
collective « Albanie ». L'Artsakh et l'Outik fondèrent une principauté
arménienne Arran indépendante. Au VIIe siècle, les Arrans arméniens furent
remplacés par la dynastie perse des Mihranides qui se convertit rapidement au
christianisme en raison de nombreux mariages mixtes.
Dans la seconde moitié du VIIe siècle, la vie politique et culturelle continua à
se développer. Aux VIIe-VIIIe siècles, une culture chrétienne caractéristique
était en cours de formation en Artsakh. C'est à cette époque que les monastères
d'Amaras, d'Orek, de Djrvchtik et d'autres prirent une importance significative
pour les Arméniens.
A partir du début du VIIe siècle, les maisons de Khatchen et Dizak se
renforcèrent. Le prince de Khatchen, Sahl Smbatian, et le prince de Dizak,
Yessayi Abou Mousseh prirent la tête de la lutte contre les Arabes. Eux-mêmes et
leurs héritiers après eux réussirent à rendre leurs frontières impossibles à
conquérir.
A partir du Xe siècle, la principauté de Khatchen commença à jouer un immense
rôle politique et culturel en Artsakh. Aux XIe et XIIe siècles, l'Artsakh, ou
Khatchen fut soumis à l'invasion de la tribu nomade des Turcs seldjoukides mais
parvinrent à préserver leur indépendance.
A la fin du XIIe siècle et pendant la première moitié du XIIIe siècle, l'Artsakh
prospéra. Des ensembles architecturaux de grande valeur tels que l'église
Hovhannes Mkrtitch (Jean le Baptiste); le portique du monastère de Gandzassar
(1216-1260), la cathédrale du monastère de Dadivank (1214) et la cathédrale de
Gtchavank (1241-1248) furent édifiés. Toutes ces églises sont aujourd'hui encore
considérées comme des chefs-d'œuvre de l'architecture arménienne.
En 1230-1240, les Tataro-Mongols conquirent la Transcaucasie. Grâce aux efforts
du prince Hassan-Djalal, l'Artsakh réussit en partie à se sauver de la
destruction. Toutefois, après sa mort en 1261, Khatchen tomba à son tour aux
mains des Tataro-Mongols. La situation empira au XVIe siècle sous le règne des
tribus turcs de Kara-Koyounly et d'Agh-Koyounly, qui succédèrent aux
Tataro-Mongols. Au cours de cette période, beaucoup de monuments et de
merveilles architecturales furent détruits. C'est aussi l'époque où la région
commença à être connue sous le nom de Karabakh.
Au XVIe siècle, plusieurs entités politico-administratives uniques en leur genre
appelées mélikats (principautés) se formèrent au Karabakh. Les souverains des
mélikats étaient des méliks, mot sémitique signifiant « tête couronnée ». Ces
mélikats furent regroupés en cinq entités plus importantes – Varanda, Khatchen,
Dizak, Jraberd et Gulistan – qui prirent le nom de « Mélikats de Khamsa » (mot
arabe signifiant cinq).
Aux XVIe-XVIIe siècles, les méliks d'Artsakh menèrent la lutte des Arméniens
pour leur libération du Chah de Perse et du Sultan de Turquie. En plus de la
lutte armée en Artsakh; les méliks envoyèrent des émissaires en Europe et en
Russie pour demander l'aide de l'Occident chrétien.
Au milieu du XVIIIe siècle, Panakh, l'un des chefs de tribu turcs, profita de la
lutte féodale que se livraient les méliks du Karabakh pour la forteresse de
Chouchi avec l'aide du mélik de Varanda, Chahnazar II. Il proclama le khanat du
Karabakh et se nomma lui-même khan. La cour de Perse soutint cette action. Les
droits des méliks locaux furent restreints. La pénétration de l'Artsakh par des
éléments ethniques étrangers commença, ce qui devait par la suite entraîner une
modification de la composition ethnique de la région.
A la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles, l'empire russe commença à jouer
un rôle plus actif dans la région. A la suite de la guerre russo-perse de
1804-1813, la Perse abandonna pour toujours la plus grande partie du Caucase à
la Russie, y compris les khanats du Karabakh et de Gandzak, par traité signé le
12 octobre 1813 dans la forteresse de Gulistan en Artsakh. C'est ce traité qui
constitue la base de la présence russe en Transcaucasie.
La nouvelle guerre russo-perse de 1827-1828 prit fin le 10 février 1828 avec le
Traité de Turkmentchaï. Le traité attribuait à la Russie les khanats de Erevan
et du Nakhitchevan ainsi que la province d'Ordubad, achevant ainsi l'annexion de
la quasi-totalité de l'Arménie orientale par la Russie.
En 1840, la Russie tsariste modifia la division administrative de la
Transcaucasie en créant la gouberniya (province) de Géorgie-Imérétie, dont le
centre administratif était Tiflis, et la gouberniya de la Caspienne, dont le
centre était Chamakha. La province de Géorgie-Imérétie englobait la majeure
partie du territoire de l'Arménie orientale, tandis qu'une partie moins
importante, comprenant le Karabakh, fut incorporée à la province de la
Caspienne.
Dans la seconde moitié des années 1840, par suite d'une nouvelle réforme
administrative, les provinces de Tiflis, Koutaïssi, Chamakha et Derbent furent
créées. Les territoires d'Arménie orientale furent incorporés dans les trois
premières provinces, chacun avec le statut de province distincte La province de
Derbent comprenait quant à elle certaines parties de la Transcaucasie.
Le 9 décembre 1867, une charte de la Russie tsariste divisa la Transcaucasie en
cinq nouvelles provinces : Koutaïssi, Tiflis, Erevan, Elizavetpol et Bakou.
Certaines parties de l'Arménie orientale furent incluses dans la province
d'Erevan, les autres dans les provinces d'Elizavetpol et de Tiflis. Cette
division administrative resta en vigueur jusqu'en 1918.
Les années 1918-1920 comptent parmi les plus difficiles de l'histoire des
Arméniens du Karabakh, puisque c'est à cette époque que l'ancienne région
arménienne de l'Artsakh est devenue l'objet de disputes territoriales.
Après la chute de l'Empire Russe, une Assemblée transcaucasienne se réunit à
Tiflis le 10 février 1918. Peu après, l'Assemblée annonça que la Transcaucasie
faisait sécession de la Russie et proclama la République fédérale démocratique
de Transcaucasie. Toutefois la Transcaucasie indépendante ne dura pas longtemps.
Une nouvelle offensive des forces armées turques suite au retrait de l'armée
russe en avril 1918 précipita le démantèlement de la République de
Transcaucasie.
Le 26 mai 1918, « considérant les différences fondamentales de points de vue
entre les peuples composant la République indépendante de Transcaucasie quant
aux questions relatives à la guerre et à la paix », l'Assemblée décida la
dissolution de la RFD de Transcaucasie et mit fin à son autorité. Le même jour,
la Géorgie proclama son indépendance. Le 28 mai, la République d'Arménie et la
République démocratique d'Azerbaïdjan furent proclamées.
Lors de la domination russe (de 1813 à la fin du mois de mai 1918 et le
démantèlement de l'Assemblée transcaucasienne) le Haut-Karabagh faisait partie
de la gouberniya (province) d'Élisabethpol. La division administrative de la
Russie tsariste ne tenant pas compte de la composition ethnique de ses
territoires, le gouvernement de l'Azerbaïdjan indépendante déclara l'inclusion
de Bakou et des provinces d'Élisabethpol dans la République démocratique
d'Azerbaïdjan nouvellement constituée. Ce faisant, l'Azerbaïdjan essayait
d'incorporer à son propre territoire le Karabakh et le Zanguézour, régions de
l'Arménie historique avec une population à dominante arménienne. La population
du Karabakh et du Zanguézour refusa de reconnaître la juridiction de la
République d'Azerbaïdjan sur leurs territoires.
Le 22 juillet 1918, le premier Congrès des Arméniens du Karabagh fut convoqué à
Chouchi. Il proclama le Haut-Karabakh entité administrative territoriale
indépendante et élit le Conseil national et le Gouvernement populaire composé de
sept personnes. Le 24 juillet le Gouvernement populaire du Karabagh ratifia une
déclaration sur les objectifs de l'autorité étatique nouvellement constituée.
Après la réunion du Congrès, le gouvernement de l'Azerbaïdjan tenta de conquérir
le Haut-Karabagh avec l'aide des forces armées turques. Le commandant des forces
armées turques, Noury Pacha, adressa un ultimatum au Conseil national du
Karabakh. Le deuxième Congrès des Arméniens du Karabakh rejeta les exigences de
l'armée turque et du gouvernement d'Azerbaïdjan.
Le 15 septembre 1918, les forces armées turques entrèrent à Bakou. Ce fut le
début du massacre des Arméniens de la ville qui fit trente mille morts. Des
centaines de villages des provinces de Bakou et d'Élisabethpol furent pillés et
détruits. Dans ces circonstances, les quartiers généraux des forces armées
turques lancèrent un nouvel ultimatum au gouvernement populaire du Karabakh,
exigeant le désarmement, l'acceptation du pouvoir de l'Azerbaïdjan et l'entrée
des forces armées turques et azéries à Chouchi.
Le troisième Congrès des Arméniens du Karabakh se réunit le 17 septembre 1918 et
examina les demandes faites par les forces turques. Il rejeta l'ultimatum,
refusant fermement de rendre les armes ou d'accepter le pouvoir azéri. Pour
éviter une nouvelle confrontation et réalisant que la défaite de l'Allemagne,
alliée de la Turquie lors de la première Guerre Mondiale, n'était plus qu'une
question de jours, le gouvernement populaire du Karabakh finit par accepter la
demande de la Turquie de laisser ses troupes pénétrer dans Chouchi. Toutefois,
la population du Karabakh était mécontente de cette décision et résista à la
présence des forces turques.
Ayant obtenu l'accès à Chouchi, les Turcs désarmèrent la population arménienne
et arrêtèrent d'éminents Arméniens, provoquant ainsi l'annulation de la décision
du troisième Congrès et l'organisation de la résistance arménienne.
Le 31 octobre 1918, la Turquie reconnut sa défaite dans la première Guerre
Mondiale. Ses troupes abandonnèrent le Caucase et furent remplacées par les
Britanniques en décembre.
Cette fois, le gouvernement d'Azerbaïdjan tenta de s'emparer du Haut-Karabakh
avec l'aide des Britanniques. Ces derniers ne tardèrent pas à annoncer que de
nouvelles frontières étatiques ne pouvaient être établies au Caucase sans leur
consentement, qui serait accordé à la conférence de paix de Paris. Entre-temps,
les Britanniques œuvrèrent à faire du Haut-Karabakh une partie de l'Azerbaïdjan.
En prenant l'entier contrôle de l'approvisionnement en pétrole de Bakou, les
Britanniques œuvrèrent à séparer la Transcaucasie de la Russie une fois pour
toutes. Leur objectif était de faire de l'Azerbaïdjan l'avant-poste de
l'Occident au Caucase du Sud et ainsi mettre fin à la poursuite de la
soviétisation de la région.
En raison de ce plan, la politique transcaucasienne des Alliés était pro-azérie.
Le règlement de la question du Karabakh fut reporté dans l'espoir que la
situation politique tournerait en faveur de l'Azerbaïdjan.
Le 15 janvier 1919, le gouvernement azéri, « après en avoir référé au
commandement britannique », nomma Khosrovbek Sultanov gouverneur général du
Haut-Karabakh et adressa simultanément un ultimatum au Conseil national du
Karabakh pour exiger l'acceptation du gouvernement azéri.
Le 19 février, le quatrième Congrès des Arméniens du Karabakh rejeta fermement
l'ultimatum de l'Azerbaïdjan et protesta contre la nomination de Sultanov au
poste de gouverneur général. La résolution adoptée par le Congrès précisait : «
Insistant sur le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, la
population arménienne du Karabakh respecte le droit à l'autodétermination du
peuple turc voisin. La population arménienne du Karabakh proteste résolument à
la face du monde entier contre les tentatives du gouvernement d'Azerbaïdjan
d'abolir ce principe en ce qui concerne le Haut-Karabakh, qui n'acceptera jamais
de se soumettre au gouvernement azéri. »
La mission britannique fit une déclaration officielle concernant la nomination
de Sultanov, annonçant « qu'avec le consentement du Commandement britannique,
Khosrovbek Sultanov est nommé à titre temporaire gouverneur général des
provinces du Zanguézour, de Chouchi, de Djivanchir et de Djébraïl. La mission
britannique juge nécessaire de réaffirmer que l'appartenance de ces régions à
quelque entité que ce soit devra être décidée lors de la conférence de paix. »
Le Conseil national du Karabakh publia le communiqué suivant : « Le Conseil
national des Arméniens du Karabakh dans son intégralité, avec les commandants de
toutes les régions du Karabakh, ont examiné la nomination d'un gouverneur
général azéri. Le Conseil est arrivé à la conclusion que les Arméniens du
Karabakh ne peuvent accepter cette nomination en raison du fait que la
population arménienne du Karabakh considère la dépendance au gouvernement
d'Azerbaïdjan quelle qu'en soit la forme comme impossible à la lumière des
hostilités engagées contre le peuple arménien et la violation de ses droits par
le gouvernement d'Azerbaïdjan. Le Karabakh arménien a démontré au monde entier
qu'il n'avait pratiquement jamais accepté et n'acceptait pas l'autorité du
gouvernement azéri à l'intérieur de ses frontières, ainsi qu'il en a été décidé
au dernier Congrès des Arméniens du Karabakh. Compte tenu du fait que le
Commandement britannique reconnaît le territoire du Karabakh arménien comme
n'appartenant à aucun État, en particulier l'Azerbaïdjan, avant la décision de
la conférence de paix, le Conseil national considère la nomination d'un
gouverneur général britannique comme la seule forme acceptable de gouvernement
pour le Karabakh arménien. Nous demandons que la Mission soumette au
Commandement suprême britannique une pétition reprenant cette demande. »
Toutefois, même confrontés aux protestations du peuple du Karabakh, le
Commandement britannique continua à soutenir le gouvernement d'Azerbaïdjan dans
sa politique de s'emparer du Haut-Karabakh. Les forces armées britanniques se
retirèrent du Haut-Karabakh, laissant à l'armée azérie libre accès au
territoire.
Le sixième Congrès des Arméniens du Karabakh se tint avec la participation de la
Mission britannique et du gouvernement d'Azerbaïdjan. L'objectif de cette
réunion était de discuter des relations entre le Haut-Karabakh et l'Azerbaïdjan
avant la conférence de paix de Paris. Toutefois, les représentants de la mission
britannique et du gouvernement d'Azerbaïdjan arrivèrent après que le Congrès eut
conclu ses sessions et aucune négociation de ce type n'eut lieu. Une commission
spéciale, qui avait été créée afin de décider si le Haut-Karabakh serait capable
de défendre par lui-même son indépendance en cas de guerre, fit une déclaration
qui concluait par la négative. Confrontée à la menace d'une agression militaire
azérie, le Congrès fut obligé d'entamer des négociations.
Pour gagner du temps et concentrer ses forces, le septième Congrès des Arméniens
du Karabakh adopta une résolution le 22 août 1919, proclamant que le
Haut-Karabakh était d'accord pour reconnaître de façon temporaire son existence
à l'intérieur des frontières de la République d'Azerbaïdjan jusqu'à la
Conférence de paix de Paris. Cet accord ne changea toutefois pratiquement pas le
statut du Haut-Karabakh, puisqu'il restait une entité politique indépendante.
Sultanov, dont l'objectif était de faire du Haut-Karabakh une partie de
l'Azerbaïdjan en modifiant sa composition ethnique, n'était pas satisfait de la
situation. Le 19 février 1920, il en appela au Conseil national des Arméniens en
leur demandant de « résoudre immédiatement la question de l'incorporation du
Karabakh à l'Azerbaïdjan. »
Le huitième Congrès des Arméniens du Karabakh rejeta la demande de Sultanov. Le
Congrès critiqua la politique du gouvernement azéri qui violait l'accord du 22
août 1919. Le Congrès notifia aux représentants diplomatiques et militaires des
États alliés ANTANTA, aux trois États de Transcaucasie et au gouverneur général
temporaire du Haut-Karabakh que « la récurrence des événements va obliger les
Arméniens du Karabakh à user de certaines mesures pour se défendre. » Le
gouvernement azéri n'était pas prêt à s'arrêter et décida de conquérir et d'azerbaïdjaniser
rapidement le Haut-Karabakh.
Les Arméniens du Karabakh n'avaient plus beaucoup d'autre choix que de se
défendre. Dans la soirée du 22 mars ils se révoltèrent. De violents combats se
poursuivirent jusqu'au 13 avril. Le 23 mars 1920 fut la journée de combat la
plus tragique lorsque les forces azéries pillèrent et brûlèrent Chouchi,
capitale du Haut-Karabakh et cinquième ville de Transcaucasie. 20 000 Arméniens
perdirent la vie ce jour. Pendant les combats des dizaines d'églises et de
monuments historiques furent profanés et détruits.
Bientôt des unités militaires arrivèrent d'Arménie pour assister les forces
karabaghtsie et le Haut-Karabakh fut entièrement libéré.
Le 23 avril 1920, le neuvième Congrès des Arméniens du Karabakh proclama le
Haut-Karabakh partie inséparable de l'Arménie. Le document final du Congrès
affirmait les points suivants
« 1. L'accord signé par le septième congrès du Karabakh avec le gouvernement
d'Azerbaïdjan doit être considéré comme rompu par ce dernier à la lumière de
l'assaut organisé par les forces armées azéries contre la population pacifique
du Karabakh et l'annihilation de la population de Chouchi et des villages
[alentour].
2. Proclame l'incorporation du Haut-Karabakh à la République d'Arménie en tant
que partie inséparable».
Le 1er décembre 1920, sur la base du rapport de son troisième sous-comité, le
cinquième comité de la Société des Nations décida à l'unanimité d'exclure la
République démocratique d'Azerbaïdjan de son sein, compte tenu de ses
prétentions territoriales et de ses pogroms anti-arméniens de masse. Dans le
même temps, la Société des Nations reconnut le Haut-Karabakh en tant que
territoire disputé jusqu'au règlement définitif du conflit à la Conférence de
paix de Paris, ce que toutes les parties au conflit, Azerbaïdjan compris,
approuvèrent. Ainsi, à l'époque de sa constitution entre 1918 et 1920, la
République démocratique d'Azerbaïdjan n'eut aucune souveraineté sur le
Haut-Karabakh.
L'installation du pouvoir soviétique en Transcaucasie ouvrit la voie à un nouvel
ordre politique. Après la proclamation de l'Azerbaïdjan soviétique en 1920, un
accord intervint entre la Russie soviétique et la République d'Arménie
autorisant l'armée russe à prendre temporairement le contrôle du Haut-Karabakh
jusqu'à ce qu'un règlement pacifique du conflit puisse être conclu.
Cependant, tout de suite après l'établissement du pouvoir soviétique en Arménie,
le Revkom (le Comité révolutionnaire, principal organe de gouvernement des
Bolcheviks à l'époque) d'Azerbaïdjan déclara les « territoires disputés », à
savoir le Haut-Karabakh, le Zanguézour et le Nakhitchévan parties inséparables
de l'Arménie.
En juin 1921, se fondant sur le retrait des prétentions de l'Azerbaïdjan sur les
« territoires disputés » et sur l'accord intervenu entre les gouvernements
d'Arménie et d'Azerbaïdjan, l'Arménie déclara le Haut-Karabakh sa partie
inséparable. Le texte du décret du gouvernement arménien fut publié dans la
presse arménienne et azérie (Bakinskij Rabotchij – organe de presse du Comité
central du Parti communiste d'Azerbaïdjan – du 22 juin 1921). Ce décret fut le
dernier document juridique, du point de vue du droit international, relatif au
Haut-Karabagh pendant la période de domination soviétique en Transcaucasie.
La communauté internationale et la Russie accueillirent favorablement ce décret,
qui apparaît dans une résolution de l'Assemblée de la Société des Nations daté
du 4 mars 1921, et dans le rapport annuel 1920-1921 du Commissariat du peuple
(ministère) aux Affaires étrangères de la Russie soviétique à son organe de
direction suprême, le 19e Congrès des Soviets.
Néanmoins, la direction bolchevique de la Russie changea rapidement d'attitude
sur le problème des « territoires disputés », y compris sur le Haut-Karabakh.
Cette démarche politique fut entreprise en considération de la politique
d'assistance à la « révolution communiste mondiale » dans laquelle la Turquie,
en égard à ses liens ethniques avec l'Azerbaïdjan, se voyait confier le rôle de
« phare de la révolution à l'Est ».
Suivant les ordres de Moscou, la direction azérie renouvela ses prétentions sur
le Haut-Karabakh. Le plénum du Bureau caucasien du Parti communiste bolchevique
russe (Kavburo) ignora la décision de la Société des Nations et rejeta le
référendum. Ils adoptèrent, en violation de la procédure, la décision de séparer
le Haut-Karabakh de l'Arménie et de l'annexer à l'Azerbaïdjan soviétique,
promettant d'établir une autonomie nationale sur les territoires peuplés
d'Arméniens. Toutefois, l'Azerbaïdjan tarda à accorder au Haut-Karabakh son
autonomie. Au bout de deux ans de lutte armée et sur l'insistance du Parti
communiste russe, le Comité central du parti communiste d'Azerbaïdjan accorda à
une petite portion du Karabakh le droit à un « oblast » autonome ( type d'entité
État-nation dans la constitution soviétique), connu par la suite sous le nom
d'Oblast autonome du Haut-Karabakh (OAHK). Mais en dépit de cette région
autonome, la division du Haut-Karabakh se poursuivit, puisque les autres
portions du territoires non incluses dans l'oblast furent incorporées aux
régions d'Azerbaïdjan soviétique, permettant ainsi la séparation physique et
géographique des zones peuplées d'Arméniens d'avec l'Arménie.
Ainsi, une grande partie du territoire reconnu comme « disputé » par la Société
des Nations fut annexé directement à l'Azerbaïdjan, la majeure partie du
Haut-Karabakh étant laissée hors de l'oblast autonome (Gulistan, Kelbadjar,
Gharakhataka Dashkesan, Latchine, Shamkhor, etc.)
Pendant toute la période de gouvernement azéri, les autorités de la RSS
d'Azerbaïdjan ont violé les droits et intérêts de la population arménienne de
l'oblast autonome du Haut-Karabagh de façon systématique et continuelle.
L'Azerbaïdjan considérait le Haut-Karabagh avant tout comme une source de
matières premières. Sa politique de discrimination envers le Haut-Karabagh
visait à la suppression artificielle de son développement socio-économique et à
une désarménisation active. Des monuments et des objets arméniens furent
détruits ou présentés comme étant d'origine azérie. En raison de cette
discrimination, la population arménienne ne renonça jamais à son intention de
faire sécession de l'Azerbaïdjan. Cherchant à éviter de subir le même sort que
la population du Nakhitchévan, région autrefois majoritairement peuplée
d'Arméniens qui finirent par disparaître, les Arméniens du Haut-Karabagh
voyaient la sécession comme seule garante d'un avenir sur.
Leur combat contre les Azéris faisait appel à diverses méthodes et prenait
différentes formes malgré les efforts de l'Azerbaïdjan pour l'écraser. Dès les
années 1920, le Comité central du Parti communiste (CCPC) d'Azerbaïdjan fut
forcé d'examiner des questions relatives au mouvement du Karabagh. Dans les
années 1920 et 1930, de nombreux dirigeants de l'OAHK et de ses régions furent
accusés de nationalisme et furent punis ; certaines organisations du Parti
communiste furent démantelées au Haut-Karabagh.
Après la deuxième Guerre Mondiale, de nombreuses tentatives furent faites pour
soulever la question du Haut-Karabagh devant les autorités centrales de l'URSS
(en 1945, 1965, 1967 et 1977). Des représentants de la population du
Haut-Karabagh firent appel à Moscou dans de nombreuses lettres et pétitions. 45
000 personnes signèrent une pétition en 1965. S'appuyant sur cette pétition, le
Secrétariat du Comité central (CC) du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS)
ordonna aux CCPC d'Arménie et d'Azerbaïdjan d'examiner ensemble le problème du
Haut-Karabagh. Malgré cela, l'Azerbaïdjan évita une fois de plus une possible
résolution du problème en trouvant des appuis parmi les dirigeants influents de
l'URSS.
De nombreuses suggestions relatives à la question du Haut-Karabagh furent émises
pendant les discussions concernant la nouvelle constitution de l'URSS en 1977.
En dépit du fait que des responsables au plus haut niveau reconnaissaient
l'existence du problème, la recherche d'une solution était indéfiniment
repoussée. Ainsi, le 23 novembre 1977, le Présidium du Conseil des ministres de
l'URSS fit la déclaration suivante : « Par suite d'un certain nombre de
circonstances historiques, le Haut-Karabagh fut annexé artificiellement à
l'Azerbaïdjan il y a plusieurs décennies. Au cours de ce processus, le passé
historique de l'oblast [région], sa composition ethnique, la volonté de son
peuple et les intérêts économiques ne furent pas pris en compte. Les décennies
passèrent, et le problème du Karabagh continue à susciter de l'inquiétude et à
engendrer de l'animosité entre les deux peuples de la région, qui sont liés par
des liens d'amitié très anciens. Le Haut-Karabagh (Artsakh de son nom arménien)
devrait être rattaché à la RSS d'Arménie. Dans ce cas, tout reprendrait sa
place» (Extrait de la session du 23 novembre 1977 du Présidium du Conseil des
ministres de l'URSS). Toutefois, le Comité central du PCUS rejeta cette
suggestion.
La perestroïka, décrétée par le Secrétaire général du Comité central du PCUS,
Mikhaïl Gorbatchev, jeta les fondements de la libéralisation du régime politique
en URSS et fut perçue comme une occasion de corriger les erreurs du passé. Le
peuple du Haut-Karabakh sentit renaître un nouvel espoir de solution
démocratique à son problème et l'application du droit international relatif aux
relations interethniques.
L'étape actuelle de la lutte de libération nationale du peuple du Karabakh
commença à la fin de l'année 1987, lorsque des dizaines de milliers de personnes
investirent les rues du Haut-Karabakh et signèrent une pétition exigeant la
réunification de l'OAHK avec l'Arménie. Des représentants furent envoyés aux
organes centraux du Parti et du Gouvernement pour plaider leur cause.
Le 20 février 1988, la séance du Soviet des députés du peuple (Conseil régional)
de l'oblast du Haut-Karabakh fit appel aux soviets suprêmes des RSS
d'Azerbaïdjan et d'Arménie pour demander le transfert de l'OAHK. Cet appel avait
été précédé de six requêtes similaires provenant de soviets régionaux.
Toutefois, le 21 février le Comité central du PCUS adopta une résolution
contraire au principe international de l'autodétermination des peuples : à une
résolution politique du problème les autorités centrales substituèrent des
mesures sociales et économiques. Cette attitude fut accueillie par des
protestations catégoriques de la part du peuple du Haut-Karabakh.
Prenant avantage de l'indécision des organes politiques de l'URSS, les autorités
communistes de la RSS d'Azerbaïdjan falsifièrent l'histoire de la région et
suscitèrent une hystérie nationaliste dans les médias, transformant ainsi le
problème en conflit ethnique. Le haut responsable azerbaïdjanais Asadov fit
planer la menace d'une invasion du Haut-Karabakh par « 100 000 Azéris armés. »
Pour essayer de bloquer une réunion prévue de l'ObKom (Comité d'oblast) de
l'OAHK, Bagirov, Premier secrétaire du Comité central du PC, des membres du
Bureau du PC d'Azerbaïdjan et le chef du département de la propagande du CC PCUS
tentèrent de faire adopter une résolution rejetant l'entière responsabilité de
la situation sur l'organisation du Parti dans l'oblast. Le Bureau n'accepta pas
cette résolution. En dépit des efforts de représentants de Bakou et du Premier
secrétaire de l'ObKom, la séance du Conseil des députés du peuple de l'oblast
eut lieu et une résolution exigeant la réunification de l'OQHK avec l'Arménie
fut adoptée. La partie azerbaïdjanaise répondit par l'agression. Le 22 février,
une foule de plusieurs milliers de personnes partie de la région azerbaïdjanaise
voisine d'Agdam prit la route pour Stépanakert. Le bain de sang fut évité
d'extrême justesse.
Les pogroms de masse et les assassinats d'Arméniens des 27-29 février 1988 à
Soumgaït (ville d'Azerbaïdjan située à des centaines de kilomètres du
Haut-Karabakh) prolongèrent la politique officielle de l'Azerbaïdjan destinée à
faire obstacle à toute possibilité de solution équitable au problème du
Karabakh. Les actes de génocide perpétrés contre les Arméniens de Soumgaït, qui
ne furent pas évalués correctement par l'Azerbaïdjan ou la communauté
internationale, avaient été soigneusement organisés. Les dirigeants d'usines et
d'organisations ordonnèrent à leurs travailleurs de se rendre à des
rassemblements anti-arméniens où les orateurs étaient des représentants des
autorités municipales. Le « rassemblement » du 27 février se termina avec
Mouslimzadé, Premier secrétaire du comité du parti communiste de la ville de
Soumgaït brandissant le drapeau national azéri et déchaînant la foule. Au cours
des trois jours de massacres et de pogroms qui suivirent, des dizaines
d'Arméniens furent assassinés, souvent avec une extrême cruauté. Des centaines
de personnes furent blessées, et un nombre important d'Arméniens furent violés,
torturés et persécutés. 18 000 personnes se retrouvèrent réfugiées.
Cependant, la politique de menaces et de violence de l'Azerbaïdjan ne parvint
pas à contraindre le peuple de l'Artsakh à abandonner son objectif. Le
dévouement des Arméniens à la cause atteignit son paroxysme lorsque Henrikh
Poghossian, dirigeant du plenum de l'ObKom du parti communiste exigea que le
Haut-Karabakh fasse sécession de l'Azerbaïdjan.
Consciente de la précarité de la situation, les autorités centrales de l'URSS
mirent en place une forme particulière d'administration dans l'OAHK le 12
janvier 1989. Un comité de gouvernement spécial de l'OAHK fut créé et placé sous
la direction d'Arkady Volsky, président du Comité central du PCUS. Toutefois ce
comité, qui avait initialement été créé pour prévenir la dégradation de la
situation n'était pas adapté à sa mission. Les autorités de la RSS d'Azerbaïdjan
prirent avantage de ce fait et tentèrent d'imposer leurs conditions au
Haut-Karabagh en contournant le Comité.
La suspension des pouvoirs du Parti et des organes de l'OAHK violait
grossièrement les droits de la région et de son peuple. Afin d'élire une
autorité représentative du peuple, un congrès de représentants de la population
de l'OAHK fut convoqué. Il se réunit le 16 août et s'adressa au peuple de
l'Azerbaïdjan en exprimant sa profonde inquiétude quant à l'aliénation et
l'inimitié ethnique grandissantes entre les peuples arménien et azéri. Leur
message appelait à la reconnaissance mutuelle des droits fondamentaux des uns et
des autres. Le Congrès proposait une coopération active avec le commandant de la
Région spéciale, les officiers et soldats de l'armée soviétique et les
détachements armés du ministère de l'Intérieur de l'URSS afin de garantir la
paix dans la région. Le Congrès élisait un Conseil national, présidé par le
député du peuple de l'URSS, V. Grigorian, dans le but de mettre en œuvre les
décisions de la séance du 20 février 1988 du soviet d'oblast des députés du
peuple.
Les dirigeants de Bakou choisirent de ne pas tenir compte des déclarations du
Congrès et, fait sans précédent en URSS, mirent en place un blocus économique de
l'OAHK et de l'Arménie. L'OAHK était particulièrement isolée du monde extérieur
étant donné que toutes les marchandises devaient passer par l'Azerbaïdjan avant
d'atteindre le territoire. La nourriture, les combustibles et les matériaux de
construction cessèrent d'entrer dans l'OAHK ce qui eut pour conséquence que la
plupart des entreprises industrielles, des transports et du matériel agricole ne
pouvaient plus fonctionner et que la récolte ne pouvait être exportée. La
population était au bord de la famine.
Parallèlement, les actions punitives s'intensifièrent dans le district de
Chahoumian, où la population arménienne était toujours confrontée à une sérieuse
menace d'extermination physique. Afin d'éviter cela, une séance spéciale du
soviet des députés du peuple de l'oblast décida d'inclure la région de
Chahoumian dans l'OAHK.
N'ayant pas les moyens nécessaires pour défendre l'oblast, les autorités du
Haut-Karabakh firent appel à l'aide des plus hautes autorités de l'URSS en de
nombreuses occasions. Cependant, les autorités centrales ne prirent aucune
mesure pour empêcher le bain de sang. L'appel du Présidium du Conseil national
du Haut-Karabakh au Conseil de sécurité de l'ONU pour lui demander de contribuer
à garantir la sécurité des Arméniens de la région resta sans réponse. De plus,
le Soviet suprême de l'URSS adopta le 28 novembre une résolution qui assurait
que le Haut-Karabakh demeurerait au sein de la RSS d'Azerbaïdjan. Le Soviet
suprême d'URSS démantela le Comité de gouvernement spécial et mit sur pied un
Comité d'organisation de la RSS d'Azerbaïdjan chargé de l'OAHK sans définir
directement ni ses objectifs, ni son niveau d'autorité pouvoir. On apprit plus
tard que le Comité d'organisation avait mené à bien des opérations de
déportation visant la population arménienne du Haut-Karabakh et des régions
environnantes avec l'assistance du ministère de l'Intérieur de l'URSS et l'armée
soviétique.
Le 1er décembre 1989, la séance commune des soviets suprêmes de la RSS d'Arménie
et du Conseil national de l'OAHK adoptèrent une résolution relative à la
réunification du Haut-Karabakh et de l'Arménie « fondée sur le principe
universel d'autodétermination des nations et répondant aux justes efforts de
réunification de deux parties du peuple arménien séparées par la force.» La
réaction des autorités azerbaïdjanaises ne tarda pas à se faire sentir sous
forme de nouvelles vagues de violence et d'usage de la force.
Les pogroms de janvier 1991 à Bakou, capitale de la RSS d'Azerbaïdjan, étaient
la poursuite d'une campagne de purification ethnique. Ils eurent pour
conséquence des centaines de morts arméniens et l'émergence d'une nouvelle vague
de réfugiés. La cruauté des pogroms de Soumgaït fut surpassée à Bakou : des gens
furent brûlés vifs et battus à mort. Des cas de cannibalisme furent rapportés.
Réalisant que les autorités centrales ne prenaient aucune mesure pour mettre fin
aux tueries d'Arméniens, le Front populaire d'Azerbaïdjan, constitué en parti
d'opposition en 1989, organisa une attaque armée sur les villages arméniens des
régions de Chahoumian et de Khanlar. Des actions militaires commencèrent le long
de la frontière séparant les territoires arménien et azerbaïdjanais.
Face à cette situation, le Présidium du Soviet suprême de l'URSS déclara l'état
d'urgence dans l'OAHK, les régions frontalières de la RSS d'Azerbaïdjan, la
région de Goris en RSS d'Arménie et le long de la frontière étatique de l'URSS
sur le territoire de la RSS d'Azerbaïdjan. Le quartier général du commandant
militaire tous les niveaux de gouvernement supprimant le pouvoir des organes de
gouvernement locaux et mettant en œuvre la loi martiale sur le territoire du
Haut Karabakh. Soutenues par le quartier général du commandement militaire, les
autorités azerbaïdjanaises intensifièrent leurs actions ainsi que leur politique
de suppression, de purification ethnique et de terreur. Les membres actifs du
Mouvement Karabakh furent persécutés de façon croissante et arrêtés sous le faux
prétexte de vraies « affaires pénales. »