LA CHRONOLOGIE DU CONFLIT

 

 

Après l'effondrement de l'Empire russe, de nouveaux États commencèrent à se constituer dans différentes parties de l'Empire, y compris au Caucase du Sud. Les 26, 27 et 28 mai 1918, la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan déclarèrent leur indépendance.

Le 22 juillet 1918, le Ier Congrès des Arméniens du Karabagh est convoqué. Les résolutions les plus importantes du Congrès seront la Déclaration du Haut-Karabagh comme partie intégrante de la République d'Arménie et la formation du Conseil national (gouvernement) du Haut-Karabagh.

Le 21 février 1919, le Conseil national reçoit un télégramme du général Thomson, commandant en chef de l'armée britannique à Bakou, lui demandant de reconnaître l'autorité de l'Azerbaïdjan sur le Karabagh. Le Conseil national refusera de la reconnaître.

Le 23 avril 1919, le général britannique Shuttleworth qui deviendra par la suite commandant des troupes britanniques à Bakou arrive à Chouchi. Au cours des négociations avec le président du Conseil national, A. Chakhnazarian, Shuttleworth déclare : "Je vous préviens que tout excès contre l'Azerbaïdjan constitue une attaque contre l'Angleterre. Nous sommes suffisamment forts pour vous obliger à nous obéir." Le Ve Congrès du Karabagh, convoqué à ce moment, rejette cet ultimatum.

Le 26 août 1919, le VIIe Congrès du Karabagh, sous la pression britannique, conclut un accord provisoire avec le gouvernement d'Azerbaïdjan. Aux termes de ce traité, le Haut-Karabagh fera temporairement partie de l'Azerbaïdjan jusqu'à la résolution de la question de la partie montagneuse du Karabagh à la Conférence de paix de Paris. L'accord ne modifie pas le statut du Haut-Karabagh, qui conserve son statut d'entité politique indépendante. Cet accord sera l'un des facteurs qui pousseront la Société des Nations à inscrire la question du Haut-Karabagh à l'ordre du jour de la Conférence de paix de Paris.

Au début de l'année 1920, l'Azerbaïdjan déplace de grandes unités de son armée régulière et de nombreuses formations irrégulières à la frontière du Haut-Karabagh. 

Le 19 février 1920, des représentants azerbaïdjanais s'adressent au conseil national du Karabagh en lui demandant de résoudre immédiatement la question de l'intégration définitive du Karabagh à l'Azerbaïdjan. 

Du 28 février au 4 mars 1920 a lieu le VIIIe Congrès du Karabagh. Le Congrès rejette la demande de l'Azerbaïdjan. Par la suite, les troupes moussavatistes, renforcées par l'armée régulière turque, lanceront une opération militaire à grande échelle contre le Karabagh. Le 23 mars 1920, les troupes turco-azerbaïdjanaises prennent Chouchi, capitale du Karabagh, et massacrent plus de vingt mille Arméniens. 

Le 23 avril 1920, le IXe Congrès du Karabagh est convoqué. Il annule l'accord du 26 août en raison de l'agression organisée par les troupes azerbaïdjanaises de la population pacifique du Karabagh et des massacres de la population de Chouchi et de certains villages. Le Congrès déclare aussi l'unification du Haut-Karabagh avec l'Arménie dont il fait partie intégrante. 

Le 28 avril 1920, le pouvoir soviétique est établi en Azerbaïdjan. L'Armée rouge entre au Karabagh et prend la région.

Un télégramme du président du Soviet national arménien du Haut-Karabagh en date du
9 juin 1920, adressé au président de la délégation arménienne à Moscou l'informe que la IXe session du Haut-Karabagh a adopté une résolution selon laquelle l'accord temporaire de 1919 est considéré comme violé du fait de l'attaque de Chouchi par les forces azerbaïdjanaises. La délégation arménienne est priée d'en informer le gouvernement russe soviétique. 

Le 10 août 1920, la Russie soviétique et la République d'Arménie concluent un accord. L'article 3 de cet accord stipule que "la prise de territoires litigieux, Haut-Karabagh compris, par les troupes soviétiques ne préjuge pas de l'issue des droits de la République d'Arménie et de la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan sur ces territoires." 

Le 29 novembre 1920, le pouvoir soviétique est établi en Arménie. 

Le 30 novembre et le 1er décembre 1920, l'Azerbaïdjan déclare renoncer à toute prétention sur le Nakhitchevan, le Zanguézour et le Haut-Karabagh et reconnaît ces territoires comme faisant partie intégrale de l'Arménie. 

Le 3 juin 1921, le Bureau caucasien du Parti communiste bolchevik russe (PCBR) décide à l'unanimité de préciser dans une déclaration que le Haut-Karabagh appartient à l'Arménie. Le dirigeant de l'Azerbaïdjan, Narimanov, participe à la séance du Bureau. 

Le 12 juin 1921, conformément à la décision du Bureau du Caucase, le gouvernement de l'Arménie soviétique adopte un décret dans les termes suivants : "Sur le fondement de la déclaration du Comité révolutionnaire de la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan et l'accord entre les républiques socialistes d'Arménie et d'Azerbaïdjan, le Haut-Karabagh est déclaré faire désormais partie intégrante de la République socialiste soviétique d'Arménie."  

Le 4 juillet 1921, lors de la séance plénière du Bureau caucasien du PCBR, la partie azerbaïdjanaise soumet une proposition sur le rattachement du Haut-Karabagh à l'Azerbaïdjan. Toutefois, cette proposition est rejetée et il est décidé de garder le Haut-Karabagh comme partie de l'Arménie. Le Bureau caucasien reconnaît aussi la nécessité d'organiser un référendum au Haut-Karabagh afin d'assurer de façon formelle le droits des peuples à l'autodétermination. 

Le 5 juillet 1921, lors de la session extraordinaire du Bureau caucasien du PCBR, sous la pression de Staline et en totale ignorance de la volonté du peuple du Karabagh, la région est transférée à l'Azerbaïdjan et dotée d'une large autonomie régionale, son centre administratif étant la ville de Chouchi. 

Le 7 juillet 1923, l'Oblast (région) autonome du Haut-Karabagh est créé sur une partie du territoire du Haut-Karabagh. Le reste de la région est incorporé à la RSS d'Azerbaïdjan. La capitale du Haut-Karabagh est fixée à la petite localité qu'était alors Stépanakert, et non à Chouchi. Le territoire du Haut-Karabagh est morcelé de telle sorte qu'il devient une enclave. 

Des efforts furent entrepris pour soulever le problème du Haut-Karabagh devant les organes centraux de l'URSS dans les années 1930, en 1945, en 1965, en 1967 et en 1977, mais ils furent tous sévèrement réprimés. À la fin de l'année 1987, le Mouvement Karabagh entra dans une nouvelle phase, marquée essentiellement par des rassemblements et des manifestations auxquels participaient des dizaines de milliers d'habitants de l'oblast. 

Le 20 février 1988, la XXe session du Soviet des députés du peuple de l'Oblast du Haut-Karabagh décide de s'adresser aux Soviets suprêmes de la RSS d'Azerbaïdjan et de la RSS d'Arménie pour demander le transfert de l'OAHK de l'Azerbaïdjan à l'Arménie. 

Du 27 au 29 février 1988, des pogroms massifs et des tueries d'Arméniens ont lieu à Soumgaït, une ville située à des centaines de kilomètres de Bakou. En l'espace de trois jours, des dizaines d'Arméniens sont tués et des centaines blessés. 18 000 personnes se retrouvent réfugiées. 

Le 13 juin 1988, le Soviet suprême de la RSS d'Azerbaïdjan rejette la demande de l'Assemblée du Haut-Karabagh, tandis qu'elle est approuvée le 15 juin par le Soviet suprême d'Arménie, qui décide de faire appel au gouvernement soviétique pour trancher le problème. 

Le 11 juillet 1988, la séance extraordinaire du Soviet des députés du peuple de l'oblast autonome du Haut-Karabagh déclare la sécession de l'OAHK. 

En novembre et décembre 1988, des pogroms arméniens ont lieu à travers tout l'Azerbaïdjan. Les plus importants se déroulent à Bakou, Kirovabad (Gance), Chémakha, Chamkhor, Minguetchaour et en RSSA du Nakhitchévan. 

Au cours de l'hiver 1988, des dizaines de localités peuplées d'Arméniens sont vidées de leur population, qui est déportée. Parmi ces localités figurent 40 qui faisaient partie du Haut-Karabagh septentrional (qui n'avait pas été inclus dans l'OAHK à l'époque de sa constitution) - les régions montagneuses et les contreforts des régions de Khanlar, Dachkessan, Chamkhor et Kédabek et 40 000 Arméniens de Kirovabad. Après ces événements, il ne reste, des Arméniens en  RSS d'Azerbaïdjan que dans l'OAHK, dans la région de Chahoumian et dans quatre villages de la région de Khanlar, ainsi que 50 000 personnes environ à Bakou (au début de 1988 la population arménienne de Bakou était d'environ 300 000 personnes). 

Le 11 février 1989, une forme d'administration particulière, le Comité d'administration spécial, directement responsable devant les organes étatiques suprêmes de l'URSS, est institué dans l'OAHK, ce qui constitue une première dans le pays. Ainsi, le Haut-Karabagh est soustrait de fait au contrôle administratif de l'Azerbaïdjan. 

Le 26 juillet 1989, une séance extraordinaire du Conseil des députés du peuple de la région de Chahoumian a lieu. En prévision de l'intensification des actions répressives et punitives de l'Azerbaïdjan à l'égard de la région, le Conseil décide d'intégrer l'OAHK. 

Le 16 août 1989, la conférence des représentants de la population de l'OAHK élit le Conseil national, qui est chargé de mettre en œuvre la décision adoptée lors de la séance des Députés du peuple du 20 février 1988. L'Azerbaïdjan instaure un blocus économique de l'Arménie et du Haut-Karabagh. La population du Karabagh se retrouve alors au bord de la famine. 

Au début du mois de septembre, n'ayant pas les moyens et la possibilité de défendre l'Oblast, les autorités du Haut-Karabagh s'adressent à plusieurs reprises aux plus hautes instances de l'URSS et au Conseil de sécurité de l'ONU pour leur demander d'assurer la sécurité de la population arménienne. 

Le 28 novembre 1989, le Conseil suprême de l'URSS adopte une résolution qui, de fait   envisage une rétention de force du Haut-Karabagh au sein de la RSS d'Azerbaïdjan. Le Comité d'administration spécial est démis de ses fonctions et le Comité d'organisation (Orgkomitet) du Haut-Karabagh de la RSS d'Azerbaïdjan le remplace. Avec l'assistance du ministère de l'Intérieur de l'URSS et l'armée soviétique, l'Orgcomité   élabore et mène à bien des opérations de déportation visant la population arménienne du Haut-Karabagh et des régions voisines. Simultanément, les autorités azerbaïdjanaises amène des Azerbaïdjanais au Haut-Karabagh afin de modifier le peuplement de la région à l'avantage de l'Azerbaïdjan. Ainsi, la population du village de Khodjalou passe de 2 000 habitants (chiffre du recensement de 1989) à 5 ou 7 000. Même les Turcs meskhets, déportés d'Asie centrale, sont déplacés à Khodjalou. 

Au début du mois de décembre 1989, le Conseil national de l'OAHK et le soviet suprême de la RSS d'Arménie tiennent une séance conjointe et adoptent une résolution sur la réunification de la RSS d'Arménie et le Haut-Karabagh. 

En janvier 1990, des pogroms armés sont organisés contre la population arménienne à Bakou, capitale de la RSS d'Azerbaïdjan, provoquant ainsi la mort de centaines d'Arméniens et un nouvel afflux de réfugiés. 

Le 2 janvier 1991, le président de l'Azerbaïdjan, Ayaz Moutalibov, prend un décret sur l'établissement du pouvoir présidentiel dans l'OAHK et dans les régions avoisinantes d'Azerbaïdjan. Des tracts exigeant le départ immédiat des Arméniens de l'OAHK font leur apparition dans la région. 

Le 14 janvier 1991, le Présidium du Soviet suprême d'Azerbaïdjan adopte une décision relative à la réunion de deux régions voisines – la région arménienne de Chahoumian et la région azerbaïdjanaises de Kassoum-Ismaïlovsky – en une unique région de Guéranboï afin de faciliter le départ de la population arménienne.  

Fin avril et début mai 1991, des détachements spéciaux de la Milice d'Azerbaïdjan et du ministère de l'Intérieur de l'URSS mènent l'opération Koltso (Anneau ou Cercle, en russe). En trois semaines, ils déportent la population de 24 villages du Karabagh : deux villages dans la région de Khanlar, trois dans celle de Chahoumian, quinze dans celle de Hadrout et quatre dans la région de Chouchi. Plus de 100 personnes sont tuées et plusieurs centaines prises en otages au Karabagh et dans les régions adjacentes de l'Arménie. 

Le 30 août 1991, le Soviet suprême de l'Azerbaïdjan proclame son indépendance. 

Le 2 septembre 1991, une séance conjointe des Conseils des députés du peuple des régions du Haut-Karabagh et de Chahoumian adoptent une déclaration proclamant l'indépendance de la République du Haut-Karabagh. Cette déclaration est adoptée en conformité avec la "Loi relative aux questions liées à la procédure de sécession des républiques de l'Union de l'URSS" du 3 avril 1990. L'Azerbaïdjan se met alors à bombarder Stépanakert de façon systématique. 

Le 22 septembre 1991, le président russe B. Eltsine et le président kazakh N. Nazarbaev, accompagnés par le président azerbaïdjanais A. Moutalibov, arrivent à Stépanakert en mission de pacification. Le 23 septembre, à l'initiative de B. Eltsine et N. Nazarbaev, des négociations sur le règlement du conflit du Karabagh ont lieu entre les délégations de l'Arménie, de l'Azerbaïdjan et du Haut-Karabagh. Elles débouchent sur l'adoption d'un communiqué commun. 

Le 15 octobre 1991, le président de l'Azerbaïdjan, A. Moutalibov, déclare que aucun pays hormis l'Azerbaïdjan n'a le droit de régler la question du Haut-Karabagh et que personne n'a le droit de s'immiscer dans ses affaires intérieures. 

Le 18 octobre 1991, la République d'Azerbaïdjan adopte une loi constitutionnelle sur son indépendance. 

Le 26 novembre 1991, le Soviet suprême d'Azerbaïdjan adopte une résolution sur la dissolution de l'oblast autonome du Haut-Karabagh, aux termes de laquelle l'OAHK est liquidée en tant qu'entité nationale et territoriale. Ses districts et localités sont renommés et intégrés dans les différentes régions d'Azerbaïdjan. Selon cette résolution, l'Oblast autonome du Haut-Karabagh est considérée comme un facteur contrariant les intérêts du peuple d'Azerbaïdjan. 

Le 10 décembre 1991, lors du référendum organisé au Haut-Karabagh en présence d'observateurs internationaux, 99,89 % des votants se prononcent en faveur de l'indépendance du Haut-Karabagh.

Le 28 décembre 1991, les élections au Soviet suprême de la République se déroulent sous les tirs intensifs de l'armée azerbaïdjanaise. 

Le 26 janvier 1992, l'organe législatif nouvellement élu de la RHK adopte la Déclaration d'indépendance de la République du Haut-Karabagh. Le 20 septembre 1992, le Soviet suprême de la RHK s'adresse à l'ONU, à tous les États du monde pour leur demander de reconnaître la RHK et d'empêcher le génocide des Arméniens d'Artsakh. Une guerre imposée à la RHK par l'Azerbaïdjan s'achève en mai 1994 après la signature à Bichkek (Kirghizstan) d'un accord relatif à la cessation des opérations militaires. La guerre se solde par des milliers des morts et de blessés, des dizaines de milliers de réfugiés. L'économie du Karabagh a souffert d'immenses pertes dont les conséquences restent encore à surmonter.