|
L’économie de l’Artsakh APRÈS 15 ans d'Indépendance |
|
|
Il y a 15 ans, l’économie de l’Artsakh
était complètement anéantie. La reprise fut difficile car les priorités étaient
la sécurité et la survie de la population.
Mais le maintien du cessez le feu, la volonté et l’acharnement de la population
et des dirigeants ainsi que l’aide de la Diaspora arménienne et surtout du Fonds
Arménien (construction de la route dite dorsale nord-sud qui s’achèvera sous peu
et développement de la région de Mardakert (2005-2006) et celle de Hadrout à
partir (2006-2007) ont créé progressivement un environnement et des conditions
de vie relativement acceptables.
Certes, il y a encore beaucoup à faire, surtout dans les régions rurales, mais
tous s’accordent sur le constat qu’un certain « mieux être » est aujourd’hui
perceptible.
Le
Produit Intérieur Brut
(PIB)
Le PIB qui mesure la création de richesse dans le pays durant l’année, a été
multiplié par plus de 4 entre 1996 et 2006 en passant de 34,3 m à 158,7 m USD[1].
Les 2/3 de cette création de richesse ont pour origine la production de biens
dont les produits agricoles (35%) et industriels (12%). Le tiers restant a pour
origine la production de services qui sont souvent des services non marchands
produits par l’État, tels les services communaux, de santé et d’enseignement.
Depuis plusieurs années, le secteur privé progresse rapidement et en 2006 il a
été à l’origine de 65% du PIB ; les petites et moyennes entreprises ont
contribué, pour leur part, à proportion de 28%.
Le PIB par habitant qui était de 318 USD en 2002, est passé à 765 USD en 2005 et
1094,5 USD en 2006.
De même les exportations ont augmenté aussi de 2 m USD en 1999 à 38,2 m
en 2005 et 47,6 m en 2006.
La production industrielle a été multipliée par 10 durant la dernière décennie.
L’industrie minière (51,7% de la production industrielle) avec 907 salariés est
concentrée surtout autour des mines de Drmbon qui contiennent du cuivre et de
l’or. Les réserves prouvées de cette mine pourront être exploitées une vingtaine
d’années. Mais les travaux de prospection continuent. La construction de la
route dorsale a désenclavé cette région qui deviendra, à terme, une zone
industrielle importante. Les industries de transformation (33,5% de l’ensemble
et 2 530 salariés) concernent le plus souvent l’agroalimentaire et les
industries légères. Les branches électricité, gaz et eau représentent 14,8% de
l’ensemble avec 1440 salariés.
Les deux régions les plus importantes pour la production industrielle sont
celles de Mardakert (52%) et de Stépanakert (38%).
En 2006, il existait 197 entreprises industrielles dont 57 très petites (moins
de 5 salariés et 0,9% de la production), 127 petites (6 à 50 salariés et 16,6%
de la production), 4 moyennes (51 à 100 salariés et 4% de la production) et 9
grandes entreprises (plus de 100 salariés et 78,5% de la production).
La production agricole provient des cultures (58%) et de l’élevage (42%). Les
principales productions de ce secteur sont : le blé et les céréales (26% de la
valeur totale), la pomme de terre (7%), les légumes (7%), les fourrages (10%),
la vigne (5%), les autres fruits (3%), le lait (25%), la viande (12%) et les
œufs (3%).
Les régions les plus agricoles du pays sont : Martouni (24,3% de la production),
Askéran (23,6%), Kachatagh (19%) et Mardakert (16,5%).
Par ailleurs en 2005, le cheptel de l’Artsakh se composait de 45 600 gros bétail
dont 20 400 vaches, 30 300 porcs, 44 000 moutons et chèvres, et 305 000
volailles, ce qui a permis de produire 31 600 tonnes de lait, 4 000 tonnes de
viande, 13 millions d’œufs et 77 tonnes de laine.
La construction est très dynamique en Artsakh depuis plusieurs années ; c’est un
pays en reconstruction. Elle a quadruplé en valeur depuis 1996 et a progressé de
40% en 2006.
En 2006, environ 33% des constructions étaient destinées à des activités de
production et 67% à des activités non productives, telles les habitations, les
bâtiments administratifs et d’enseignement.
Les financements proviennent de l’État, des ONG, des entreprises, de la
population et d’investisseurs étrangers. L’État, les ONG sont les contributeurs
importants et certaines années, la part des investisseurs étrangers et des
entreprises est non négligeable (25% en 2002 et 29% en 2003). Mais leur
importance varie selon les années.
L’importance des secteurs bénéficiaires varie aussi. Généralement, les activités
de construction concernent surtout l’habitat, les transports, les écoles mais
aussi les entreprises.
En 2006, il y avait 184 entreprises de construction dont 77 très petites, 88
petites, 14 moyennes et 5 grandes.
La population active de l’Artsakh en 2006 s’élevait à 58 160 dont 39 515
salariés (37 776 en 2005). Le taux de chômage a été évalué à 6,1% mais on estime
que, pour diverses raisons, une partie relativement importante des chômeurs ne
s’inscrit pas comme demandeur d’emploi.
Le salaire moyen a été de 145 USD en 2006, contre 114 USD en 2005 et 77 USD en
2004. Il a plus que triplé en 3 ans. Cependant, il existe d’importants écarts.
En 2006, les salaires du secteur public ont augmenté de 13%, alors que ceux du
privé ont progressé de 10%. Ainsi, à la fin de 2006, la moyenne des salaires du
secteur public s’établissait à 165 USD dépassant celle du secteur privé qui est
à 132 USD.
Les disparités intersectorielles sont fortes : 266 USD dans le secteur banque –
finance, 165 USD dans la construction, 160 USD dans l’industrie, 143 dans
l’agriculture, 124 dans les ONG, 80 dans le commerce et 78 dans le secteur de la
santé.
Les revenus de la population en 2006 ont été estimés à 148 m USD. Les
principales sources de revenus sont les salaires (50%), les transferts sociaux
(16,7%) et les revenus agricoles (13,7%). Les dépenses, quant à elles, sont
consacrées principalement à l’achat de biens de consommation (82%).
Dans le domaine bancaire, l’évolution a été très rapide ces 6 ou 7 dernières
années. Le montant des dépôts a été multiplié par 6 en passant de 1,5 m USD en
1999 à 9,3 m en 2005 et 11,8 m en 2006.
Le nombre de comptes de dépôt a augmenté de 2 665 à 22 705 durant la même
période (multiplication par 8,5).
Il faut aussi signaler que tous les jeunes, de la naissance à l’adolescence,
sont détenteurs de comptes alimentés par diverses subventions et aides de
l’État. Le nombre de ces comptes a progressé très rapidement pour représenter
17,7% de l’ensemble fin 2006.
L’évolution des crédits bancaires est plus spectaculaire encore. Les crédits à
court terme sont passés de 1,7 m USD à 11,7 m (multiplication par 6,8) et ceux à
long terme de 0,29 m USD à 26,7 m (multiplication par 92). Ainsi l’ensemble des
crédits a augmenté de 2,1 m USD à 38,3 m USD. La progression des crédits en
devises a été bien plus rapide que celle des crédits libellés en AMD.
Il faut aussi souligner que le risque de non remboursement des crédits est
extrêmement faible : 158 000 USD uniquement n’ont pas été remboursés en 2006,
par rapport au total des crédits soit un taux de 0,004%.
Évidemment, les
chiffres de l’économie de l’Artsakh sont encore faibles malgré les taux de
progression impressionnants ; ceci est normal puisque les montants de départ
étaient faibles. Pour l’Artsakh cela n’a rien de péjoratif mais souligne au
contraire le mérite des responsables et de la population.
Ce pays qui est sorti de la guerre complètement détruit et meurtri a recommencé
à revivre et se développe depuis 15 ans dans un environnement difficile puisque
le blocus économique continue toujours et qu’aucune solution politique n’a été
encore trouvée pour le rétablissement de la paix.
Les principales constatations qui se dégagent de cette présentation rapide de
l’économie de l’Artsakh montrent le potentiel de ce pays dans le secteur
agricole et les industries agroalimentaires, l’industrie légère, le secteur
minier et, à moyen terme, le tourisme. De plus, la construction est très
dynamique ainsi que l’activité commerciale.
Par ailleurs, les autorités ont mis en place un cadre législatif et fiscal très
favorable aux investissements, en particulier étrangers, ce qui encourage la
création d’entreprises et les investissements étrangers dans des projets
rentables.
L’activité bancaire se développe aussi fortement, montrant l’implication
grandissante du secteur privé dans le développement économique du pays.
Ces transformations sont surtout sensibles depuis 2002/2003 et incitent à penser
qu’aujourd’hui, l’économie de l’Artsakh pourrait bien se trouver au début d’une
phase de développement rapide avec l’aide de la Diaspora arménienne, ses moyens
financiers et son savoir faire.