|
|
|
M |
|
|
ARTICLES
15ème anniversaire du mouvement de libération d’Artsakh
L'année 2003 sera marquée par les célébrations du 15e anniversaire du Mouvement de libération du Karabagh. A cette occasion, une assemblée extraordinaire du parlement de la RHK s'est tenue le 20 février dernier en présence du président Arkady Ghoukassian, des membres du gouvernement, des parlementaires et des représentants de la société civile. La date retenue pour cette réunion solennelle symbolise le début des manifestations à Erevan en 1988. Dans son discours de félicitations et d'encouragements adressé au peuple de l'Artsakh, le président Arkady Ghoukassian a déclaré : "Nous avons compris qu'il n'est d'idéaux nationaux qu'un peuple ne puisse atteindre s'il est inébranlable dans sa détermination et si la lutte qu'il mène est légitime et légale. (...) Être citoyen du Haut-Karabagh n'est plus une idée relevant du rêve, mais une réalité, et c'est la plus merveilleuse des récompenses pour tous ceux qui ont osé, en février 1988, élever leur voix pour l'autodétermination de l'Artsakh".
Le début des manifestations a été marqué par un dépôt de gerbes par le président de la République et des représentants des autorités au pied du monument érigé en souvenir des victimes de la tragédie de Soumgaït.
Le même jour, à l'issue de la session plénière de l'Assemblée nationale a été publié un communiqué dont les signataires soulignent notamment que la République du Haut-Karabagh est pour le règlement pacifique du conflit. L'Assemblée nationale y fait appel aux parlementaires de tous les pays à soutenir le peuple du Haut-Karabagh qui aspire aux valeurs universelles de la démocratie et de la coopération pacifique. Le communiqué exprime également l'espoir que, compte tenu de l'expérience acquise par la RHK lors des 15 dernières années en matière de démocratie, d'Etat de droit et de droits de l'homme, la revendication du peuple de l'Artsakh d'être considéré comme membre à part entière de la communauté internationale sera exaucée.
Notons qu'un certain nombre de manifestations culturelles se dérouleront au Haut-Karabagh, auxquelles sont conviées des personnalités politiques et diplomatiques arméniennes comme étrangères. Les autorités du Haut-Karabagh ont d'ailleurs déjà reçu plusieurs messages de félicitations de la part de personnalités politiques et d'élus étrangers, comme la baronne Caroline Cox, les membres du Congrès américain Franck Palone et Joe Nollenberg, le président de l'Assemblée des Arméniens de Russie Ara Abrahamian et al.
Ni les demi-mesures, ni les slogans au sujet de l'amitié entre les peuples ne peuvent contenir un peuple. Si quelqu'un pouvait encore en douter avant Soumgaït, après cette tragédie plus personne n'a le droit moral d'exiger que l'on maintienne la région autonome du Haut-Karabagh sous la juridiction territoriale de l'Azerbaïdjan".
Cette citation du prix Nobel de la paix Andreï Sakharov fait référence aux terribles événements de Soumgaït des 27-29 février 1988. Pendant ces trois jours, sous le regard indifférent des soldats de l'armée soviétique, des dizaines de familles arméniennes vivant à Soumgaït, près de Bakou, ont été victimes de la violence aveugle de la foule azérie, attisée par la propagande anti-arménienne qui s'était répandue en Azerbaïdjan au cours des semaines précédentes, en réponse aux manifestations pacifiques qui avaient alors lieu à Erevan.
Karabagh: convergence de Moscou et de Paris
Lors de la conférence de presse qui s'est tenue à l'issue de la visite d'Etat du président russe Vladimir Poutine en France à la mi-février 2003, le président de la République française, Jacques Chirac a déclaré que Moscou et Paris avaient des points de vue convergents sur les problèmes du Haut-Karabagh et de la Tchétchénie. En effet, les deux chefs d'Etat considèrent que l'on ne peut pas tracer de parallèle entre les deux conflits, dans la mesure où la résolution du conflit tchétchène doit tenir compte de l'intégrité territoriale de la Fédération de Russie, alors que dans le cas du Karabagh le problème doit être résolu par voie d'accord entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.
Cette déclaration a suscité une vive inquiétude en Azerbaïdjan, où l'on n'a pas manqué de dénoncer l'affaiblissement de la position azérie sur le plan diplomatique et la partialité de la France et de la Russie, qui partagent la présidence du groupe de Minsk de l'OSCE avec les Etats-Unis.
Ainsi, Maïs Safarli, député et leader du parti azéri Yourdash a même proposé que l'Azerbaïdjan refuse la présidence de Paris et de Moscou, dont l'attitude est jugée trop favorable à l'Arménie, et que ces deux pays soient remplacés par la Grande-Bretagne et la Turquie.
Notons que l'Azerbaïdjan ne remet pas en cause la présidence des Etats-Unis alors que ces derniers font valoir un point de vue proche de celui des deux autres coprésidents du groupe de Minsk. Rappelons à cet égard que le coprésident américain Rudolf Périna a déclaré, lors de son entretien avec le correspondant de la radio moscovite Echo de Moscou, que l'indépendance du Karabagh était tout à fait envisageable:
"L'opinion publique internationale n'est pas prête à reconnaître l'Ossétie du Sud, l'Abkhazie et la Transnistrie en tant qu'États indépendants, mais le problème du Haut-Karabagh est un peu différent : (…) des négociations sont en cours entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan et nous, les médiateurs, nous essayons d'aider les parties à trouver des solutions."
Ainsi, compte tenu du contexte actuel on peut espérer une résolution du conflit dans un sens favorable au Karabagh.
Consolidation des axes Moscou—Erévan et Washington—Bakou?
Depuis le début de l'année on observe un renforcement des liens stratégiques entre Erevan et Moscou d'une part, et Bakou et Washington d'autre part.
Ainsi, le président arménien Robert Kotcharian, en pleine campagne électorale, s'est rendu à Moscou à la mi-janvier pour y signer avec son homologue russe, Vladimir Poutine un accord intergouvernemental sur la coopération militaro-technique. Cet accord, qui n'est pas le premier de son genre, porte sur l'implantation en Arménie de quatre autres bases militaires russes. Il s'agit en réalité d'un transfert des arsenaux russes stationnés sur le sol géorgien et qui étaient notamment à l'origine des tentions existant dans les relations russo-géorgiennes. Le 13 février dernier le président arménien, dans un entretien accordé à la radio Echo de Moscou, a exprimé le souhait de voir la Russie jouer un rôle plus actif dans la résolution du conflit du Haut-Karabagh.
De son côté, le 23 février dernier, lors d'une courte visite de travail à Washington, le président azéri Heydar Aliev a rencontré le président américain George W. Bush. A l'issue de cette rencontre, le porte-parole de la Maison Blanche a déclaré que l'Azerbaïdjan était "un partenaire clé des Etats-Unis dans les efforts que nous déployons pour combattre le terrorisme et pour renforcer la sécurité des sources mondiales d'énergie".
Parallèlement à cette consolidation des axes stratégiques, Bakou et Erevan durcissent le ton. Le 16 janvier 2003, lors de sa visite officielle à Moscou, Robert Kotcharian a déclaré devant l'auditoire de l'Académie diplomatique du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie que "les pogroms arméniens de Bakou et Soumgaït et les tentatives de déportations massives d'Arméniens du Karabagh en 1991-1992 parlent de l'impossibilité pour les Arménien de vivre en Azerbaïdjan". Le président arménien a ensuite ajouté "qu'il s'agit d'une certaine incompatibilité ethnique" et que même s'il était désagréable d'en parler, c'était un fait. D'après M. Kotcharian, l'Arménie est responsable de la sécurité du peuple du Haut-Karabagh ; ayant déjà subi un génocide, le peuple arménien ne peut permettre qu'un tel événement se reproduise.
Le ministre des Affaires étrangères, Vartan Oskanian déclarait, quant à lui, le 3 février dernier dans une interview, que d'un point de vue juridique et historique le peuple du Haut-Karabagh a le droit de revendiquer la terre sur laquelle il vit et qui n'a, de plus, jamais appartenu à l'Azerbaïdjan indépendant.
Le président Aliev a averti pour sa part, lors de son passage à Washington courant février, que le peuple azéri demandait sans cesse à reprendre la guerre contre les Arméniens pour rétablir le contrôle sur le Karabagh.
Peut-on interpréter ces déclarations comme une réelle montée de la tension dans les relations arméno-azéries à propos du conflit du Karabagh, ou s'agit-il pour les présidents arménien et azéri de simples tactiques préélectorales? Serait-ce une tendance irréversible ou MM. Kotcharian et Aliev sauront-ils s'arrêter à temps pour reprendre le cours des négociations? Négociations où les autorités du Haut-Karabagh comptent fermement faire entendre leur voix et se voir considérer comme partie au conflit ; le ministre des Affaires étrangères de la RHK, Ashot Ghoulian a rappelé récemment que les rencontres des présidents arménien et azéri ou leurs représentants personnels au sujet du conflit du Karabagh ne pouvaient en aucun cas remplacer les négociations auxquelles le Karabagh devrait participer.
Construit au 13e siècle, le monastère de Gandzassar devint, un siècle plus tard, le centre spirituel de l'Artsakh en même temps qu’un siège catholicossal. En effet, à partir du 15e siècle Gandzassar fut, avec Edjmiadzine (Arménie orientale, vallée de l'Ararat) Cilicie (Arménie occidentale) et Akhtamar (Arménie occidentale, région de Van), l'un des quatre catholicossats de l'Arménie. Il cessa d'exister en tant que tel en 1836 lorsque il fut divisé par les autorités russes en trois prélatures, celles d'Artsakh, de Gandzak et de Shamakhi, dépendant toutes trois de la juridiction d'Edjmiadzine.
Beaucoup d'historiens mirent leur talent à contribution pour la découverte des richesses spirituelles et architecturales du monastère. Parmi eux, citons l'historien soviétique Anatoly Akobson, sans doute l'un des meilleurs spécialistes au monde de l'architecture chrétienne médiévale. Dans l'un de ses ouvrages, consacré à Gandzassar il décrit l’église et son annexe comme "deux créations architecturales splendides caractérisant le savoir-faire des architectes arméniens du 13e siècle". Le célèbre byzantinologue de la fin du 19e siècle, Charles Dille, professeur à la Sorbonne, apprécia grandement, lui aussi, ce chef-d'œuvre des architectes de l'Artsakh. Il classa l'ensemble de Gandzassar parmi les cinq monuments arméniens conservés jusqu’à nos jours qui font partie intégrante du patrimoine culturel mondial.
Gandzassar fut également l'un des plus importants foyers du mouvement de libération nationale né dans les provinces de l'Arménie orientale à la fin du 17e et au début du 18e siècles. Ce fut à cette époque que le Catholicos de Gandzassar Yessaï entra en négociation avec le tsar Pierre le Grand pour faire inclure l'Artsakh-Karabagh dans les territoires de l'Empire russe. Ainsi naquit, en Artsakh-Karabagh, l'orientation russophile qui domina la pensée indépendantiste arménienne durant les 19e-20e siècles.
Incidents frontaliers arméno-azéris
Les intrusions de troupes de diversion azéries sur le territoire de la RHK et les incidents frontaliers entre les forces armées du Haut-Karabagh et de l'Azerbaïdjan commencent à porter un caractère quasi-systématique. Ainsi, depuis le début de l'année deux incidents de ce genre se sont produits. Lors du premier, qui a eu lieu dans la région d'Aghdam au mois de janvier dernier, un soldat azéri, Elmeddine Abiev, avait été pris en otage par les gardes frontières de l'armée de la RHK. Une autre tentative de diversion azérie sur le territoire de la RHK s'est produite le 13 février, qui s'est elle aussi soldée par la prise en otage de Hamid Alekperov, un autre soldat azéri.
Ce dernier a été échangé, quelques jours plus tard, contre un soldat arménien, Sembat Poghossian.
Quant à Abiev, après avoir été soigné, suite à ses blessures, dans un hôpital militaire de la RHK, il a été remis sans condition aux autorités azéries.
Démographie :
D'année en année la population du Karabagh s'accroît. Les données statistiques
récentes publiées par les autorités du Karabagh viennent confirmer cette
tendance. Ainsi, au 1er janvier 2003 le Haut-Karabagh compte 125 288 habitants,
ce qui représente une hausse de 1,1% par rapport à l'année précédente.
Cette hausse est due non seulement à la croissance naturelle de la population,
mais aussi à un solde migratoire positif.
Chiffres pour 2002 :
2 190 naissances ; 1 242 décès
1 186 retours au pays ; 511 départs
Ces chiffres permettent de penser que l'objectif des autorités d'atteindre les
200 000 habitants au Karabagh en 2010 est peut-être très optimiste, mais pas
totalement irréaliste.
Nouvel ouvrage sur le Karabagh
: Les Presses universitaires de France ont publié fin décembre, dans la
collection Enjeux stratégiques, le livre très attendu dans les milieux arméniens
de France, de François Thual, ancien conseiller du président Chirac, secrétaire
général du groupe UMP au Sénat et directeur adjoint de l'Institut de Relations
internationales et stratégiques (IRIS), consacré au problème du Haut-Karabagh.
Dans cet ouvrage intitulé La crise du Haut-Karabagh : une citadelle
assiégée ? l'auteur, qui a fait de nombreux séjours au Haut-Karabagh, met en
évidence avec précision et objectivité les causes de ce conflit, sans doute l'un
des plus meurtriers de l'après guerre froide, et dresse le bilan désastreux de
ses conséquences, tant pour le peuple du Karabagh que pour la sécurité et
l'équilibre de toute la région.
Un témoignage poignant et un cri d'alarme lancés à la communauté internationale
sur l'urgence d'une solution au conflit, devenue vitale pour ses acteurs comme
pour la région tout entière.
En vente aux PUF et à l’IRIS au prix de 16,00 euros.
Le Conseil de l’Europe soutient le Groupe de Minsk
:
Le 23 janvier dernier s'est tenue à Strasbourg la session plénière du bureau des
délégués des ministres des Affaires étrangères de l'OSCE, à laquelle assistaient
les représentants des présidents arménien et azéri sur le problème du
Haut-Karabagh, ainsi que les coprésidents du groupe de Minsk. La réunion
s'inscrivait dans le cadre du processus d'exécution des engagements pris par
l'Arménie et l'Azerbaïdjan au sujet du règlement pacifique du conflit du
Haut-Karabagh lors de leur admission au Conseil de l'Europe.
L'initiative de cette réunion revient à l'Azerbaïdjan, qui tend à transférer les
négociations au niveau européen dans l’espoir que l'attitude du Conseil de
l'Europe sera plus favorable à ses positions.
Toutefois, les résultats de la rencontre ont une fois de plus conforté la
position du Groupe de Minsk comme cadre le plus adéquat des négociations. Le
Conseil de l'Europe a ainsi exprimé son soutien inconditionnel à l'action du
Groupe et au dialogue arméno-azéri entamé en son sein. Il a également souligné
sa volonté de ne pas ménager ses efforts en vue de l'établissement d'une
coopération régionale dans le Caucase du Sud et de favoriser les entreprises
tendant à renforcer la confiance mutuelle des parties au conflit et les projets
de rapprochement des sociétés civiles des deux pays afin de les aider au mieux à
parvenir à une solution définitive au problème.
La partie arménienne est rentrée plutôt satisfaite des résultats de la réunion,
estimant que ces derniers reflétaient tout à fait le fond de la position
arménienne sur le sujet.
Nomination : Le 20 janvier dernier, le président de la République du Haut-Karabagh a signé un décret suspendant Mme Naïra Melkoumian de ses fonctions de Conseiller du président, suite à sa nomination au poste de conseiller du Premier ministre de la République d'Arménie.
L’énergie au centre de l’attention du gouvernement de l’Artsakh
:
Le Premier ministre du Haut-Karabagh, Anouchavan Danielian a présenté devant le
Parlement les principales mesures destinées à favoriser le développement de la
République pour l'année 2003. M. Danielian a jugé très satisfaisantes les
réformes entreprises par le Gouvernement depuis 1999 et a noté que celles-ci
seraient complétées par des modifications structurelles, notamment en matière de
décentralisation budgétaire. Le Premier ministre a en outre annoncé que le
Gouvernement avait mis sur pied un vaste projet de production et de distribution
d'énergie hydraulique qui va entraîner la construction de centrales
hydroélectriques sur les fleuves du Karabagh.
Le Gouvernement s'apprête également à soumettre à l'examen des députés un
ensemble de projets de lois en matière fiscale afin de simplifier le régime des
impôts et de renforcer le contrôle de l’administration sur les recettes de
l'État.
Visite exploratoire du CE
:
Après les élections présidentielles en Arménie, le rapporteur de l'Assemblée
parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) Terry Davis effectuera une visite de
travail en Arménie, en Azerbaïdjan et au Haut-Karabagh. L'annonce en a été faite
par le président de la commission des Affaires étrangères de la République
d'Arménie, Hovannès Hovanissian, qui est également le chef de la délégation
arménienne à l'APCE.
M. Hovanissian a précisé que la visite de M. Davis dans la région revêtirait un
caractère exploratoire.